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25/02/2013 09:09 EST | Actualisé 27/04/2013 05:12 EDT

Un pape «bureaucrate» serait requis pour faire le ménage dans la Curie romaine

VATICAN, État de la Cité du Vatican - Le prochain pape devra être un «bureaucrate» aguerri capable de remettre de l'ordre dans une administration négligée par le pape Jean-Paul II et que son successeur, Benoît XVI, n'a pas réussi à ramener à l'ordre, estiment plusieurs observateurs.

L'appareil administratif du Vatican, la Curie romaine, serait complètement dysfonctionnel et déchiré par les rivalités internes, comme en font foi les nombreux scandales qui ont éclaté au cours des dernières années.

Le majordome du pape, dans un premier temps, a volé et remis à un journaliste des documents confidentiels qui décrivent la jalousie, la corruption et le copinage qui séviraient dans les plus hauts rangs de l'Église catholique. Les allégations vont de malversations dans l'attribution d'un contrat par le Vatican à un complot qui aurait été ourdi pour dénoncer l'homosexualité présumée de l'éditeur d'une publication catholique.

L'Institut pour les oeuvres de religion, la banque du Vatican, traverse de son côté une période trouble. Son ancien directeur, Ettore Gotti Tedeschi, a été viré pour incompétence. Son remplaçant, l'avocat allemand Ernst von Freyberg, est le président du conseil d'administration du groupe Blom+Voss, une entreprise qui construit notamment des navires de guerre pour la marine allemande.

Cette nomination survient au moment où le Vatican soumet ses finances à l'examen d'un comité du Conseil de l'Europe, dans l'espoir d'être ajouté à la liste des pays jugés transparents financièrement.

Sandro Magister, un analyste qui épie de près les luttes de pouvoir parmi les dirigeant du Vatican, affirme que le «désastre» a pris naissance dans les années 1980, au début du pontificat de Jean-Paul II.

«Jean-Paul II se désintéressait complètement de la Curie; sa vision était entièrement tournée vers l'extérieur, a dit M. Magister. Cela a permis la prolifération des querelles, des petits centres de pouvoir qui se disputaient, de l'ambition, du carriérisme et des trahisons. Tout ça s'est accumulé et le pape suivant en a hérité.»

Benoît XVI était bien au fait de ces problèmes, après près de 25 ans passés au sein de la Congrégation pour la doctrine de la foi, au Vatican. Mais il n'a jamais sauté dans la mêlée politique en tant que cardinal — et une fois pape, il a confié la mission à son bras droit, le cardinal Tarcisio Bertone.

Toutefois, le cardinal Bertone est rapidement devenu le paratonnerre des divisions qui existent au sein de la Curie romaine. En tant que canoniste, il n'avait aucune expérience diplomatique pour s'acquitter de cette tâche. Aujourd'hui, on retrouve deux camps dans les rangs de la Curie: ceux qui sont loyaux au cardinal Bertone et ceux qui sont loyaux à son prédécesseur, le cardinal Angelo Sodano. Pris dans leur ensemble, les documents coulés à la presse visaient à miner la position du cardinal Bertone.

Benoît XVI n'a pas été entièrement passif. Il a notamment réclamé une plus grande transparence financière et exigé, pour son majordome, la tenue d'un procès ouvert à tous, y compris aux journalistes. Il a aussi pris en main, personnellement, le dossier des prêtres pédophiles en 2001, après que l'affaire ait été transférée d'un bureau du Vatican à un autre pendant des années.

Au début de 2012, Benoît XVI a demandé à trois cardinaux de confiance de se pencher sur l'affaire du majordome, en allant au-delà de l'enquête criminelle. Le rapport final a été remis au pape en décembre 2012 et si son contenu demeure secret, plusieurs croient que ses auteurs ont décrit sans gêne la nature réelle de la Curie romaine - ce qui pourrait avoir accéléré la décision de Benoît XVI de renoncer à son poste.