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25/02/2013 01:09 EST | Actualisé 27/04/2013 05:12 EDT

Marcil ignorait qu'il y avait collusion, mais lunchait avec des entrepreneurs

MONTRÉAL - Robert Marcil, l'ancien directeur du service des travaux publics à la Ville de Montréal, affirme avoir appris à la Commission Charbonneau qu'il y avait collusion entre les entrepreneurs en construction, mais il a admis avoir pris le lunch avec plusieurs d'entre eux et avoir participé à des tournois de golf avec eux.

Il est même allé à la résidence de Tony Catania, de la compagnie CatCan, pour une réception.

Et il a aussi admis avoir souvent reçu des appels d'entrepreneurs en construction qui s'impatientaient devant un paiement de la Ville qui tardait. Mais il assure qu'il n'est jamais intervenu pour «faire sortir un chèque plus vite» pour un entrepreneur.

Le commissaire Renaud Lachance s'est étonné du fait qu'un directeur du service des travaux publics se mêle de dossiers précis, plutôt que de veiller à instaurer des mécanismes de surveillance pour empêcher la croissance des coûts pour la Ville ou la collusion entre entrepreneurs ou la corruption de fonctionnaires.

«Vous n'êtes pas obligés de prendre votre temps pour développer leurs affaires à eux», s'est exclamé M. Lachance en l'entendant énumérer ses lunches avec des entrepreneurs.

Mais aux yeux de M. Marcil, «ça fait partie des bonnes relations d'affaires» d'agir ainsi face aux entrepreneurs. Et, selon lui, il est «courant» d'offrir de tels cadeaux à Montréal, dans d'autres villes du Québec et même au ministère des Transports à une certaine époque.

Appris à la Commission

Malgré son acceptation des cadeaux et invitations des entrepreneurs, il a soutenu avoir appris à la Commission Charbonneau que les entrepreneurs s'entendaient entre eux pour se répartir les contrats et faire gonfler ainsi les prix payés par la Ville.

Et c'est aussi à la commission qu'il a appris que l'ingénieur Gilles Surprenant truquait même le système informatique d'évaluation des coûts Gespro pour gonfler les prix pour les entrepreneurs.

M. Marcil a plutôt cherché à donner l'image d'un homme qui avait pris des mesures pour tenter de contrôler la hausse des coûts à la Ville de Montréal, quand il y est arrivé en 2003, puis quand il a grimpé les échelons jusqu'à devenir directeur.

«Moi, j'ai commencé à poser des actions de façon très concrète, comme demander aux ingénieurs de déposer, au moment de la soumission, une estimation en bonne et due forme, donc des éléments de contrôle», a témoigné l'ancien directeur, qui a quitté son poste en juillet 2009.

Deuxièmement, «pendant deux années, moi j'ai fait vérifier les projets par Macogep», une firme spécialisée dans l'économie de la construction, a-t-il précisé.

Écoute électronique

Par ailleurs, le procureur chef adjoint de la commission, Me Denis Gallant, a mis fin à la journée d'audiences de façon un peu mystérieuse, en faisant entendre deux enregistrements d'écoute électronique _ un message sur un répondeur et une conversation entre M. Marcil et un dénommé Robert Lapointe.

Me Gallant n'a donné aucune explication sur l'identité de ce dernier ni quant au sens de cette conversation. Il a simplement demandé à M. Marcil d'y réfléchir jusqu'à mardi matin et de consulter son avocat qui «discutera de certaines choses avec vous».

Me Gallant avait précédemment interrogé M. Marcil sur ses contacts avec les représentants d'une vingtaine d'entreprises de construction.

Plus tôt dans la journée, M. Marcil avait dit trouver «pernicieux» que les entrepreneurs qui venaient chercher les documents d'appels d'offres pouvaient voir quels concurrents y étaient allés aussi. Mais la Ville avait dû permettre cette façon de faire après que la Commission d'accès à l'information l'y eut obligée.

M. Marcil ne s'est cependant pas inquiété du fait que les entrepreneurs qui voulaient soumissionner sachent indirectement quelle était l'estimation du coût des travaux par la Ville, puisqu'il était connu que le montant du cautionnement qui leur était demandé équivalait à 10 pour cent du coût des travaux.

L'ancien directeur a par ailleurs nié avoir laissé à lui-même l'ingénieur Gilles Surprenant, qui a admis avoir touché des pots-de-vin pour faciliter la vie des entrepreneurs en construction qui faisaient de la collusion.

«On n'a pas laissé M. Surprenant à lui-même», s'est-il objecté, rappelant que cet ingénieur avait un chef de groupe et un chef de division pour superviser son travail. Et M. Surprenant, a-t-il rappelé, ne travaillait que sur 20 pour cent des projets.

En tout, entre huit et 12 instances devaient approuver les projets, a affirmé M. Marcil.