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25/02/2013 06:45 EST | Actualisé 27/04/2013 05:12 EDT

La preuve balistique est au coeur de l'appel de l'ex-juge Jacques Delisle

QUÉBEC - L'avocat Jacques Larochelle s'est affairé, lundi, au Palais de justice de Québec, à tailler en pièces la preuve balistique ayant servi à faire condamner son client, le juge à la retraite Jacques Delisle.

L'ex-juge de la Cour d'appel se retrouve donc lui-même en Cour d'appel, le plus haut tribunal québécois, en vue d'obtenir son acquittement ou de subir un nouveau procès, cette fois devant juge seul et non devant jury comme l'an dernier.

Delisle a été reconnu coupable, en juin dernier, du meurtre prémédité de son épouse, Nicole Rainville, commis en novembre 2009. Il purge une peine d'emprisonnement à perpétuité et n'était pas en cour lundi pour entendre la plaidoirie de son avocat.

Selon Me Larochelle, le verdict du jury était déraisonnable puisque les experts convoqués par la Couronne ont admis en contre-interrogatoire que Mme Rainville aurait pu tenir l'arme qui l'a tuée.

Il estime de plus que les membres du jury n'avaient pas obtenu du juge Claude Gagnon les instructions appropriées et qu'ils n'ont par ailleurs pas évalué correctement la preuve balistique présentée.

«Il faut regarder la preuve dans son ensemble», a martelé à maintes reprises Me Larochelle.

Devant le juge Nicholas Kasirer, en matinée, lundi, l'avocat a traité de menteur un des trois experts en balistique appelés à la barre, estimant qu'il n'avait pas respecté les règles de l'art dans l'exécution de son travail en laboratoire en lien avec cette affaire.

Or, dans cette histoire, la preuve balistique est centrale, a fait valoir l'avocat, qui s'est attardé longuement, dans le menu détail, sur l'angle selon lequel le revolver était, selon toute vraisemblance, placé sur la tempe de Mme Rainville, de même que sur les taches noires causées par la détonation sur une de ses mains.

L'avocat a aussi noté qu'il n'avait pas à faire la preuve que Mme Rainville s'était suicidée, mais plutôt à démontrer qu'il y avait absence de preuve «hors de tout doute raisonnable» qu'il n'y avait pas eu suicide ou possibilité de suicide.

Car selon lui, une question demeure: «est-ce que c'est un meurtre?»

L'avocat s'est de plus insurgé contre la «preuve d'attitude» reliée à la condamnation de son client, et qui a servi à l'incriminer à partir de son comportement, réel ou supposé, après le crime qu'on lui reprochait.

À ce propos, il a noté le témoignage d'un policier qui avait déclaré que Delisle cherchait «à contrôler l'enquête».

Or c'est là un élément de preuve «fragile, ambigu et tautologique», a fait valoir Me Larochelle, rappelant que ce type d'éléments de preuve avait pu dans le passé conduire «à des erreurs judiciaires».

Me Larochelle avait cinq heures au total pour faire la démonstration que ses arguments étaient fondés. Mais en fin de journée, il a jugé qu'il manquait de temps pour faire le tour de toutes les questions soulevées dans son mémoire à la Cour d'appel. Il a donc demandé et obtenu une prolongation d'une demi-heure, qu'il utilisera mardi matin.

Par la suite, ce sera au tour du procureur de la Couronne, Michel Fortin, de prendre la parole. Il aura deux heures pour présenter sa plaidoirie.