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25/02/2013 05:42 EST | Actualisé 27/04/2013 05:12 EDT

Italie: sous l'effet de la vague Grillo, pas de majorité au Sénat et risque d'ingouvernabilité

AP
Italian comic-turned-political agitator Beppe Grillo, leader of the anti-establishment 5 Star Movement, delivers his speech during a final rally in view of the upcoming general elections, in Rome, Friday, Feb. 22, 2013. Grillo fills piazzas from Milan to Rome, from Palermo to Verona with Italians who seem to get some catharsis from his rant against politician who drove the country to the brink of financial ruin, industrial managers whose alleged shenanigans are tarnishing prized companies and bankers who aided and abetted the other two classes of powerbrokers. (AP Photo/Andrew Medichini)

L'Italie semblait se diriger lundi soir vers une impasse, avec une Chambre des députés à gauche et un Sénat sans majorité, à l'issue d'élections marquées par le boom du mouvement de l'ex-comique Beppe Grillo.

"Vote choc qui nous donne un Parlement bloqué", probablement pas de majorité, titrait sur son site le Corriere della Sera, journal de l'establishment italien, reflétant les inquiétudes des partenaires de la troisième économie de la zone euro.

Seul véritable vainqueur du scrutin Beppe Grillo et son Mouvement 5 Etoiles, décrié comme "populiste" par ses adversaires, a su séduire en surfant sur le rejet de la classe politique et la rage contre l'austérité.

Selon des résultats encore partiels, il obtiendrait entre 24 et 25% dans chacune des deux chambres, devenant le deuxième parti politique italien, derrière le Parti démocrate, la première force de gauche.

De son côté, le chef du gouvernement sortant Mario Monti a perdu son pari de former une grande force au centre puisque sa coalition était donnée au maximum à 9/10% dans chaque Chambre.

Quant à Silvio Berlusconi, parti sous les huées en novembre 2011 en laissant une Italie au bord de l'asphyxie financière, il a opéré une remontée spectaculaire en promettant d'abaisser les impôts et même de rembourser une taxe foncière impopulaire rétablie par Monti.

La coalition de gauche de Pier Luigi Bersani, donnée à 30,3% selon des résultats partiels sur les trois quarts des sièges, devrait pouvoir s'adjuger la majorité des sièges à la Chambre, grâce à un système qui accorde 54% des fauteuils à la formation arrivant en tête.

Mais au Sénat, où la prime de majorité est accordée par région, les résultats partiels prévoient le centre gauche très loin de la majorité absolue des 158 sièges. Les dernières estimations du journal La Repubblica lui donnait 104/105 sièges, l'alliance de droite de Silvio Berlusconi étant en tête avec 113/123 sièges, mais sans possibilité de constituer une majorité.

"C'est sûr que s'il y a une majorité à la Chambre et une autre au Sénat, il n'y a pas de gouvernement", a constaté avec dépit Stefano Fassina, l'économiste du Parti démocrate, assailli de questions au QG de campagne du PD.

Et les modestes 17/20 sénateurs prévus pour le camp Monti ne suffisent pas pour former une alliance majoritaire.

"Un pays ingouvernable, politiquement mais aussi techniquement avec peu d'issues fondées sur des alliances presqu'impraticables et numériquement insuffisantes", a commenté Massimo Razzi dans la Repubblica.

Pour lui, la seule solution sera de retourner voter, soit pour tout le Parlement soit seulement au Sénat.

Dans la journée, la perspective de majorités opposées à la Chambre et au Sénat a fait tomber dans le rouge (-0,1%) la Bourse et remonter l'écart des taux obligataires avec l'Allemagne. Les marchés redoutent plus que tout une instabilité gouvernementale en Italie, pays en récession avec en outre une dette colossale (plus de 120% du PIB).

Les regards se tournaient massivement lundi soir vers le comique Beppe Grillo qui pourrait avoir 57 à 63 sénateurs, mais n'est pas disposé à collaborer avec les autres formations.

"Ils ont fait faillite aussi bien à gauche qu'à droite. Ils peuvent durer sept/huit mois mais nous serons un véritable obstacle pour eux", a lancé Beppe Grillo en direct sur son blog en parlant de "nouvelle d'importance mondiale".

"Nous serons une force extraordinaire. Nous serons 110 au Parlement, mais dehors nous serons des millions".

Sur le terrain, ses partisans semblaient un peu surpris de leur succès et incertains. "C'est un moment où l'on se sent un peu bizarre. Parce que nous sommes des citoyens ordinaires, nous n'avons pas d'expérience politique. Nous avons beaucoup de choses à apprendre, et l'envie forte de nous mettre au service de ce pays", a expliqué à l'AFP Cristina De Pietro, candidate au Sénat.

Catalyseur du malaise social dans un pays en pleine récession économique (-2,2% en 2012), Grillo a pris des voix aussi bien à la droite qu'à la gauche avec un programme jugé "populiste" par ses adversaires : fin du financement public des partis politiques, coupes sombres dans le nombre d'élus, revenu minimum de 1.000 euros et référendum sur l'euro.

La crise et 15 mois de rigueur budgétaire imposés par le gouvernement technique de Mario Monti ont énormément influé sur ces élections.

Le "Professeur", qui jouissait d'une solide popularité pour avoir rétabli la crédibilité de l'Italie, a fortement pâti des effets de sa politique d'austérité. Ses partisans espèrent encore qu'il puisse être "le pivot" d'une large coalition unissant droite et gauche.

Le taux de participation était d'environ 75% dans chacune des deux chambres.

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