NOUVELLES
25/02/2013 09:14 EST | Actualisé 27/04/2013 05:12 EDT

Dans l'Est rebelle, des Syriens votent sous les bombes

"Pour la première fois depuis 40 ans, on vote librement", s'exclame Khodr Ourfali. Dans le sous-sol d'un vieux souk à Deir Ezzor, une élection locale se déroule à l'abri des bombes qui s'abattent quotidiennement sur cette grande ville de l'est de la Syrie.

Cinq mille personnes ont été appelées à élire dimanche un "conseil local", une instance créée par les Syriens hostiles au président Bachar al-Assad dans les zones rebelles pour administrer les affaires de la population.

"C'est un jour historique pour tous les habitants de Deir Ezzor. Ils se sentent libres de voter pour la personne qu'ils jugent apte à les aider", indique Khodr qui sera élu, à l'issue du vote, l'un des cinq membres du conseil.

Dans les quelques quartiers qui échappent au contrôle du régime, des pancartes appellent les gens à voter et dans les magasins, des tracts ont été distribués.

Au sous-sol du souk du quartier rebelle de Cheikh Yassine, à l'abri d'une pluie diluvienne et des obus de mortier, Oum Chadi, 56 ans, vote pour la première fois.

"Je veux voter pour dire à Bachar que tout ce qu'on réclamait au départ, c'était cette liberté de voter, cette participation aux décisions dans notre pays", affirme-t-elle.

Cette mère d'un rebelle tué il y a six mois fait référence au soulèvement qui a commencé en mars 2011 par des manifestations pro-démocratie avant de se transformer en une guerre civile sanglante.

Selon Abdel Hamid, ex-ingénieur qui supervise le processus électoral, "les gens sont venus malgré les bombardements, pour soutenir la révolution (...) C'est une manière de lutter contre le régime sans recourir aux armes".

La ville dévastée par les violences quotidiennes, qui abritait autrefois 750.000 habitants, en compte aujourd'hui 200.000 selon les militants.

Avant, "les gagnants (des élections) étaient toujours les membres du parti Baas", au pouvoir depuis un demi-siècle, affirme un habitant sous couvert de l'anonymat.

"Le pouvoir des Assad, ça dure depuis plus de 40 ans, il est temps que ça change", lance de son côté Mohammad Abdel Majid, en déposant son bulletin dans l'urne sous les applaudissements.

Le régime actuel "fait croire au monde que notre soulèvement était illégal. Nous réclamons juste ce qui nous a été volé, rien de plus. La démocratie reviendra en Syrie", assure ce septuagénaire.

Un autre électeur, Ahmad Mohammad, balaye les craintes concernant la montée en puissance de groupes rebelles islamistes dans le pays. "Nous voulons un Etat démocratique, pas un Etat islamique. Nous aspirons à un pays laïque gouverné par civils, pas par des mollahs".

L'Armée syrienne libre (ASL), principale composante de la rébellion, a interdit à ses combattants de participer au vote.

"C'est une occasion pour les civils de prendre la parole. Nous, les soldats, devons lutter contre le régime, c'est notre travail", affirme Abou Obeida, commandant d'une unité rebelle dans la ville.

Le processus ne s'est pas déroulé sans problème. En début d'après-midi, trois personnes ont fait irruption dans le centre électoral improvisé et ont commencé à crier et déchirer les bulletins de vote.

"Ces gens avaient été nommés précédemment pour diriger le conseil local. Durant leur mandat, ils avaient empoché 65 millions de livres destinés à aider des familles de Deir Ezzor", explique Khodr.

"Ils disent que nous n'avons pas le droit d'organiser ces élections. Ca, c'est le début d'une nouvelle tyrannie. Nous luttons contre Bachar mais cette révolution a aussi favorisé l'apparition de plusieurs Bachar, assoiffés de pouvoir et d'argent", ajoute-t-il.

A la fin du vote, seulement 486 bulletins ont été déposés dans l'urne. "C'est peu, mais vu les circonstances, on peut parler de succès", estime Abdel Hamid.

Et d'ajouter: "Peu importe le résultat, aujourd'hui, c'est le peuple qui a gagné".

str/ram/vl