POLITIQUE
26/02/2013 05:48 EST | Actualisé 26/02/2013 11:38 EST

L'austérité du gouvernement Marois nuit à la lutte contre la collusion, dénonce un syndicat

PC

Alors que se poursuit la commission Charbonneau, le président du Syndicat des professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ) affirme que l'austérité budgétaire du gouvernement Marois nuit à la lutte contre la collusion au sein des divers ministères.

Richard Perron en a contre le gel d'embauches au sein de la fonction publique décrété par le gouvernement Marois jusqu'au 31 mars prochain. Décidée en catimini, cette mesure comprend également un gel des contrats de services professionnels. «C'est complètement illogique de décréter un gel d'embauche, lance Richard Perron en entrevue. L'obsession de l'atteinte du déficit zéro fait qu'on prend des mesures qui vont à l'encontre du gros bon sens.»

Le président du SPGQ rappelle que les gouvernements Charest et Marois se sont tous deux engagés à rebâtir l'expertise de la fonction publique, dans la foulée du rapport de Jacques Duchesneau, alors à la tête de l’unité anticollusion(UAC) du ministère des Transports (MTQ). Le document explique notamment comment le manque d'expertise au MTQ facilite la collusion. «Depuis une bonne dizaine d'années, le Ministère perd de sa main-d'oeuvre et même de son expertise au profit des firmes de génie-conseil, qui préparent actuellement 100% des estimations relatives aux contrats d'infrastructure routière à Montréal et 95% dans les autres régions», peut-on y lire.

Collusion dans d'autres ministères?

Pour Richard Perron, le manque d'expertise et les risques de collusion vont bien au-delà du MTQ. Il cite en exemple l'octroi de contrats pour les réseaux informatiques, qui touche tous les ministères. «En 10 ans, on est passé de 25% des contrats donnés à l'externe à 50% aujourd'hui», dit-il.

Le président du SPGQ estime que les ministères n'ont pas l'expertise pour assurer un suivi adéquat de leurs projets informatiques. «On perd le contrôle des coûts et plusieurs projets n'aboutissent jamais, dit Richard Perron. De plus, ce sont toujours les trois ou quatre mêmes entreprises qui obtiennent les contrats.»

Sans lancer d'accusations, le président du SPGQ se questionne sur cette concentration de projets entre les mains de quelques joueurs. «Il y a lieu de se poser des questions, dit Richard Perron. Peut-être qu'ils sont les seuls à pouvoir réaliser ces contrats, mais j'en doute.»

Le SPGQ n'est pas le seul à réclamer une meilleure supervision des contrats en informatique. Un autre syndicat, le Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec, réclame une enquête publique sur sur l’octroi des contrats gouvernementaux dans le domaine des technologies de l’information.

Des fonctionnaires sous-payés

Richard Perron croit le gouvernement Marois quand il affirme vouloir renforcer l'expertise, mais celui-ci souffre de sa position minoritaire à l'Assemblée nationale: «Ce gouvernement est obsédé par les critiques possibles de ses détracteurs naturels, qui sont à droite. Ils veulent laver plus blanc que blanc.»

«Le gouvernement péquiste a peur de se faire traiter de gauchiste, de mauvais gestionnaire des fonds publics, poursuit-il. Pourtant, à Ottawa, le gouvernement conservateur se donne une image de rigueur budgétaire, mais continue de faire des déficits.»

Pour Richard Perron, le gel d'embauche envoie le mauvais signal aux finissants intéressés par la fonction publique. «Mettez-vous dans la peau d'un jeune stagiaire à qui on dit qu'on ne peut pas l'embaucher avant avril prochain et seulement si le gel est levé, il risque d'aller se trouver un emploi ailleurs.»

À cela s'ajoute des salaires bien en deçà de ceux octroyés aux fonctionnaires du gouvernement fédéral. La fonction publique québécoise doit composer avec des salaires au moins 20% plus bas qu'à Ottawa.

«Qu'on me comprenne bien, de saines finances publiques sont la garantie de la pérennité des services publics au Québec, conclut Richard Perron. Nous ne sommes pas contre une gestion rigoureuse des fonds publics. Mais en embauchant et en redonnant l'expertise à la fonction publique, la société québécoise va économiser des milliards de dollars.»

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