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24/02/2013 10:09 EST | Actualisé 26/04/2013 05:12 EDT

Les Oscars saluent Rodriguez, météore oublié de la musique américaine

Il était "l'égal de Bob Dylan et des Stones" mais après deux albums passés inaperçus, Rodriguez a raccroché sa guitare, avant de renaître en Afrique du Sud, un destin hors du commun raconté dans le documentaire "Sugarman", récompensé dimanche par un Oscar.

C'est en 2006, pendant un voyage de six mois en Afrique, que le réalisateur Malik Bendjelloul, dont le film a remporté quantité de prix dans le monde avant sa consécration aux Oscars, entend parler pour la première fois de Rodriguez.

Et quand il découvre le destin de ce chanteur né à Détroit (Michigan) en 1942, il ouvre grand les yeux et s'écrie: "Vous êtes sérieux? C'est l'histoire la plus dingue que j'aie jamais entendue", racontait-il à l'AFP l'an dernier au festival de Sundance, où le film était présenté en avant-première mondiale.

De fait, l'histoire de Sixto Rodriguez semble tout droit sortie de la plume d'un scénariste hollywoodien au goût prononcé pour le romanesque.

Né dans une famille d'immigrés mexicains, Rodriguez est découvert par deux producteurs dans un bar, où il s'était fait une petite réputation. Persuadés d'avoir mis la main sur une pépite d'or, il lui font enregistrer en 1970 un premier album, "Cold Fact". La critique est bonne mais l'échec sans appel.

L'année suivante, un autre producteur mise sur le chanteur. Mais son deuxième album, "Coming from reality" (1971), tout en confirmant le talent de l'artiste, est encore un flop.

Rodriguez abandonne alors la musique et se reconvertit dans les chantiers et la construction... Sans savoir qu'une copie de son disque a atterri par hasard en Afrique du Sud, où sa musique aux accents libertaires est devenue l'hymne de la jeunesse blanche progressiste exaspérée par l'apartheid.

Son succès est tel que pendant des années, les légendes les plus folles courent à son sujet, notamment son suicide sur scène par immolation...

Jusqu'à ce que deux fans, en cherchant à élucider le mystère de sa mort, découvrent effarés qu'il est bien vivant, et le fassent venir en Afrique du Sud, où il sera accueilli en héros en 1998, pour six concerts à guichets fermés.

Le beau film de Malik Bendjelloul reconstitue l'enquête des deux fans, et donne la parole à tous les acteurs de la "renaissance" de Rodriguez.

"La pression était grande car je devais faire un film aussi bon que son histoire et que sa musique", explique le réalisateur.

Sa plus grande crainte, avant de travailler sur le film, était d'être déçu par la musique du chanteur. "Et si elle était mauvaise ?... Je l'ai fait écouter à un fan de Bob Dylan, qui m'a dit que c'était meilleur que Dylan. +Cold Fact+ est juste l'un des plus grands disques de tous les temps".

Mais alors, comment expliquer son échec aux Etats-Unis dans les années 70? Pour Malik Bendjelloul, il faut chercher du côté des origines de Rodriguez.

"A cette époque, si vous étiez Mexicain, vous pouviez faire de la musique, mais mariachi ou ethnique", dit-il. "Mais Rodriguez défiait la scène rock blanche, les Rolling Stones, le Velvet Underground et Bob Dylan. Et à cette époque, en Amérique, on ne vous laissait pas faire ça".

Dans le film, Rodriguez n'exprime pourtant aucune amertume. Portant bien ses 70 ans, malgré une situation économique des plus précaires -- il n'a jamais touché un centime de ses centaines de milliers d'albums vendus en Afrique du Sud -- il apparaît calme, détaché et amusé par cette reconnaissance tardive.

Depuis la sortie du documentaire, il a donné plusieurs concerts en Europe et aux Etats-Unis et pense à la sortie d'un nouvel album.

"Je n'ai jamais rencontré quelqu'un d'aussi digne de toute ma vie", assure le cinéaste. "Vous ressentez cette grâce, ce côté royal quand vous le rencontrez. Il mérite respect, amour et justice".

rr/jca