NOUVELLES
23/02/2013 05:17 EST | Actualisé 25/04/2013 05:12 EDT

Une pièce de théâtre se penche sur l'ère Ben Ali, en écho avec le présent

Deux ans après la révolution en Tunisie, une pièce de théâtre, "Macbeth, Leïla and Ben", plonge dans les turpitudes du régime déchu de Ben Ali, avec quelques clins d'oeil au pouvoir islamiste actuel, accusé par ses détracteurs de dérive autoritaire.

Le metteur en scène Lotfi Achour présentait cette semaine à Tunis la première de sa pièce retraçant les 30 ans qui ont précédé la révolution de janvier 2011.

Etrange concours de circonstances pour cette oeuvre qui débute une tournée en Tunisie au moment où le pays traverse sa pire crise politique depuis la chute de Zine El Abidine Ben Ali après 23 ans au pouvoir.

Pour cette adaptation libre et en dialecte tunisien du "Macbeth" de Shakespeare (1606), Lotfi Achour a cherché à "comprendre les raisons" qui ont permis à la dictature de perdurer.

Le metteur en scène dit vouloir s'attaquer à un sujet "encore tabou": la "responsabilité du peuple tunisien" qui s'est satisfait de la dictature des décennies durant, d'abord sous le régime du père de l'indépendance Habib Bourguiba, puis sous le joug de celui qui l'a renversé en 1987.

La pièce, qui mêle théâtre, musique et documentaire, présente les Tunisiens comme passifs ou indifférents à l'égard du régime, parfois complaisants et plus rarement moqueurs.

"C'est vrai qu'on a envie de dire, après la révolution, que le peuple est magnifique alors qu'il a aussi sa part de responsabilité", estime l'actrice Anissa Daoud, également co-auteur de la pièce.

Les personnages de Shakespeare, Macbeth et Lady Macbeth, assoiffés de pouvoir, sont ici remplacés par Ben Ali, rebaptisé "MacZine", et son épouse Leïla Trabelsi.

Le couple est dépeint comme cruel et ridicule, s'accrochant au pouvoir jusqu'à l'absurde, les mains tachées de sang.

Dans un décor dépouillé et sombre, la pièce alterne les moments tragiques --scènes de torture, de meurtre-- et un comique grinçant, comme lorsque les Ben Ali sont entourés d'une cour mielleuse prête à tout pour avoir leurs faveurs.

Et le public tunisois réagit, commentant, riant, applaudissant lorsqu'ils reconnaissent le couple honni: Ben Ali le tortionnaire, Leïla l'intrigante et chef d'un clan familial mafieux qui s'est accaparé les richesses du pays.

L'actualité politique chargée des deux dernières années n'est jamais loin non plus.

Ainsi, lorsque le narrateur interrompt son récit et demande "Qu'est-ce qui a changé en Tunisie ?", le public s'exclame à plusieurs reprises "Rien !". Une référence aux accusations de dérive autoritaire d'Ennahda, le parti islamiste au pouvoir.

"On piétine dans l'attente d'un lendemain, puis d'un autre", déclame plus tard le narrateur, comme dans un écho à la Tunisie actuelle.

Plus de deux semaines après l'assassinat de l'opposant anti-islamiste Chokri Belaïd qui a fait imploser le gouvernement, les tractations entre les partis se poursuivent pour former un nouveau cabinet, après que de multiples dates-limite ont été repoussées.

La rédaction de la Constitution est aussi sans cesse repoussée depuis des mois, tout comme la date des élections appelées à mettre fin à "la transition post-révolutionnaire".

Pour conclure ce "Macbeth" tunisien, un homme portant la barbe et la tunique qu'affectionnent la mouvance salafiste s'avance sur la scène, toise le public, avant de repartir sans un mot.

Ces islamistes radicaux, réprimés sous Ben Ali et libérés à la faveur de l'amnistie post-révolutionnaire, ont aussi fait une entrée remarquée et déstabilisatrice en Tunisie, les autorités les accusant de l'attaque contre l'ambassade américaine en septembre, entre autres méfaits.

str/alf/vl