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23/02/2013 03:14 EST | Actualisé 25/04/2013 05:12 EDT

Montréal en lumière: un événement signé

Montréal - Après Slamérica, le montréalais Ivy, de son vrai nom Ivan Bielinski, présentait en janvier 2012 son deuxième album intitulé Hors des sentiers battus. Un an plus tard, le fondateur de Slamontréal réapparait sur notre radar en produisant un spectacle ambitieux à l'église du Gesù, dans le cadre de Montréal en lumière.

Dans un café du quartier Villeray, l'auteur et musicien (la guitare est son instrument de prédilection) aime à discuter. Par exemple, il se prononcera de manière passionnée sur la nécessité de s'ouvrir à la poésie (acceptation de l'autre, beauté, émerveillement, équilibre). Il parlera également de cette société occidentale qui étouffe souvent l'émotion au profit de l'efficacité, de la rentabilité. Ivy est articulé, sensible et éveillé. Rêveur aussi.

Plus tard, il jasera de l'arrivée tardive du slam au Québec, cette discipline qui allie performance, rythme, poésie, oralité et qui a teinté son disque de douze chansons. Une œuvre aillant reçu de bonnes critiques en général, en particulier pour sa façon intelligente de marier la musique à l'architecture étoffée et lyrique des textes. Bel essai, donc? Oui, dans l'ensemble.

Pourtant, il ne tardera pas à partager une certaine amertume quant à la petite quantité de concerts liés à la parution de son disque (contrairement à la sortie de Slamérica en 2008, qui lui a donné l'opportunité de parcourir le Canada pour initier le public au slam tout en offrant plus de 100 spectacles et animé quelque 500 ateliers à travers la province). Selon lui, le spectacle de Hors des sentiers battus n'a pratiquement pas été vu : «Je suis pourtant fier de cet album, qui a demandé beaucoup d'énergie. Le travail de l'arrangeur Philippe Brault (Pierre Lapointe) est superbe tout comme celui des autres musiciens (dont José Major à la batterie et Joseph Marchand à la guitare). C'est un disque qui se défend plutôt bien, avec une démarche originale... »

Un spectacle unique

En effet, même si l'auteur peine parfois à trouver la touche idéale pour ces flots de mots qui donnent vie aux pièces, la proposition générale est assez efficace. Fragile hybride de genres, certes, mais néanmoins défendable. Mélanger les rimes aux sonorités tantôt rock, tantôt hip hip, tantôt classico-jazz n'est pas chose facile. Et malgré les passages revendicateurs un tantinet trop appuyés, l'écriture est de bien loin supérieure à la moyenne québécoise. Les airs sont jolis et les arrangements intelligents. C'est «spoken word», mais néanmoins chantant.

«Quelque chose m'échappe... Je sais que je ne suis pas un chanteur populaire et que mon travail n'est pas standardisé comme bien des artistes. J'ai toujours été dans la marge, par défaut. C'est d'ailleurs par hasard que je suis tombé dans le slam (à la suite d'une compétition à Ottawa nommée Word Olympics en 2004). C'était pour moi une sorte de révolution. J'ai adoré cette manière différente de partager la poésie. J'aime penser que c'est une sorte de discipline humaine. Le poète arpente la réalité. Et c'est ce que je veux proposer en quelque sorte dans le show [...] L'église est un lieu de parole vivante qui va bien avec cette idée de chanter la poésie, avec du rythme. C'est un bel endroit pour présenter une rentrée montréalaise et un projet unique.»

Et le poète n'y est pas allé de main morte pour ce concert offert dans le cadre de Montréal en lumière: ambiance ecclésiastique et cérémoniale, quatuor à cordes, huit musiciens et 30 choristes de la chorale du Gesù. Le tout mis en scène par l'auteur et dramaturge Serge Lamothe (il a notamment travaillé sur l'opéra Parsifal de Richard Wagner mis en scène par François Girard et sur Zarkana du Cirque du Soleil), sans oublier la conception d'éclairages assumée par Jean-François Patoine.

Ivy, à l'église du Gesù, le 26 février 2013 à 20h.