CANADA QUEBEC
23/02/2013 06:30 EST | Actualisé 25/04/2013 05:12 EDT

Chypre se choisit dimanche un nouveau président pour affronter la crise

Chypre élit dimanche un nouveau président qui sera chargé de négocier un plan de sauvetage européen crucial pour l'île longtemps prospère mais désormais au bord de la faillite.

Nicos Anastasiades, un pro-européen de droite qui a recueilli 45,4% des voix lors du premier tour le 17 février, part largement favori face à Stavros Malas (26,9%), un indépendant qui a le soutien du parti communiste Akel, dominant le gouvernement du très impopulaire président sortant Demetris Christofias.

Avocat de 66 ans et vétéran de la politique chypriote, M. Anastasiades estime que le plan de sauvetage est indispensable et se dit prêt à des mesures radicales pour obtenir la confiance des bailleurs de fonds.

M. Malas, un chercheur en génétique de 45 ans, redoute de son côté que l'austérité enfonce encore un peu plus l'économie du pays et assure que Chypre peut se relever à condition de "retrouver le chemin de la croissance".

Mais les dernières prévisions de la Commission européenne laissent peu d'espoir: l'économie, qui s'est contractée de 2,3% en 2012, devrait poursuivre sa chute en 2013 (-3,5%), et la reprise n'est pas attendue avant 2016.

Parallèlement, le pays négocie depuis juin avec l'Union européenne, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international un plan de sauvetage évalué à 17 milliards d'euros, l'équivalent de son produit intérieur brut annuel.

Sur la question sensible des privatisations réclamées par la troïka mais rejetées par le gouvernement sortant, M. Anastasiades a indiqué vendredi soir lors d'un débat télévisé avec son adversaire être en faveur de "dénationalisation de compagnies d'Etat qui ont fait leur temps" mais pas de celles "qui font des bénéfices".

"Nous avons sondé des pays pour un prêt (...) à court terme pour les finances publiques afin de nous donner un répit pour négocier" le plan de sauvetage, a-t-il en outre ajouté.

M. Malas a de son côté estimé que si "le scénario a minima" concernant les besoins financiers des banques était retenu, il n'y aurait "pas besoin de privatisations".

Selon un rapport du fonds Pimco, le système bancaire, plombé par son exposition à la dette grecque, a besoin à lui seul d'une aide évaluée entre 5,98 milliards d'euros et 8,86 milliards d'euros, dans le cadre du plan de sauvetage.

Jeudi, le patron du Mécanisme européen de stabilité (MES), Klaus Regling, a estimé que Chypre présentait un risque pour l'ensemble de la zone euro, et mercredi, l'agence de notation Standard & Poor's a parlé d'un risque "bien réel" de défaut de paiement.

Face à M. Anastasiades, M. Malas pâtit de son manque d'expérience politique --il n'y est entré qu'en 2011-- et de ses liens avec le gouvernement sortant dont il a été ministre de la Santé jusque fin 2012.

Pour rattraper son retard de voix, il ne pourra pas compter sur l'appui de Giorgos Lillikas, un autre candidat indépendant soutenu par les socialistes, qui est arrivé en troisième position avec 24,9% des suffrages au premier tour et qui a renvoyé les deux candidats dos à dos.

Pour le politologue Christopheros Christophorou, "le vainqueur aura pour principal défi de signer le plan de sauvetage et de gérer la crise économique. Si Anastasiades est élu, cela pourrait permettre d'établir un bon climat de compréhension entre Nicosie et Bruxelles".

Une victoire de M. Anastasiades signifierait que Chypre aurait un gouvernement clairement pro-européen pour la première fois depuis son adhésion à l'UE en 2004.

Parallèlement, la communauté internationale attendra du successeur de M. Christofias de sortir de l'impasse les négociations menées sous l'égide de l'ONU en vue d'une réunification de l'île divisée depuis l'invasion turque en 1974.

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