NOUVELLES
23/02/2013 05:42 EST | Actualisé 25/04/2013 05:12 EDT

"5 Broken Cameras", un film israélien ou palestinien aux Oscars ?

Film israélien ou palestinien ? "5 Broken Cameras", un documentaire qui narre le quotidien de villageois de Cisjordanie dont les terres sont menacées de confiscation par le mur de séparation israélien, fait débat depuis sa nomination aux Oscars.

Co-réalisé par Emad Burnat, un Palestinien, et Guy Davidi, un Israélien, ce film décrit la lutte emblématique des habitants de Bil'in qui s'opposent au "mur de l'apartheid" érigé par Israël en Cisjordanie occupée.

Le cinéaste palestinien relate cinq années de combat non violent à travers les yeux de sa famille et de ses amis. "5 Broken Cameras" ("5 Caméras Brisées") tire son titre de ses caméras détruites lors du tournage à Bil'in.

Le documentaire, une production palestino-franco-israélienne, a été partiellement financé grâce à des fonds du ministère israélien de la Culture et des Sports.

"Deux films israéliens figurent parmi les cinq nommés dans la catégorie du meilleur documentaire" aux Oscars 2013, s'est félicitée l'ambassade d'Israël aux Etats-Unis, en faisant aussi référence à l'autre documentaire "The Gatekeepers".

"Après une série remarquable de nominations aux Oscars pour des films de fiction, l'industrie du cinéma israélien a réussi un nouvel exploit en 2013: deux nominations dans une autre catégorie la même année", a renchéri le site Times of Israel, tandis que le Jerusalem Post, également de droite, saluait un exploit pour le "cinéma israélien".

"La presse israélienne a essayé de présenter le film comme étant israélien, ce que je trouve étrange car c'est un film sur mon village, ma famille et moi", réagit Emad Burnat auprès de l'AFP. "Il ne saurait être un film israélien puisqu'il raconte une tentative d'effacer la Palestine", estime-t-il.

Mais pour son collègue israélien Guy Davidi, la question de savoir si le film est israélien ou palestinien "n'a aucune importance". "Les films ne représentent pas des pays, même s'ils sont produits par des pays. Les films ne devraient pas avoir de nationalité", plaide-t-il.

L'Israélien a participé au documentaire à la demande du Palestinien.

"J'ai demandé à Guy de venir parce qu'il était un militant engagé qui venait aux manifestations avec nous à Bil'in. Je ne lui ai pas demandé de venir pour représenter Israël", insiste Emad Burnat.

Nombre d'artistes israéliens produisent des oeuvres critiques à l'égard de l'occupation des Territoires palestiniens, la preuve selon le gouvernement de la vigueur et de la pérennité de la liberté d'expression en Israël.

Mais Guy Davidi refuse de servir de faire valoir à la bonne conscience israélienne: "Je ne suis pas prêt à me faire exploiter de cette manière pour absoudre Israël", dit-il.

Selon lui, les médias ont surtout cherché à mettre l'accent sur "le gentil Israélien qui soutient les Palestiniens".

"Mais ni lui (Burnat), ni moi ne voulions mettre trop l'accent sur cela, car l'important dans notre histoire est de mettre fin à l'occupation et de changer la réalité, non pas d'embellir les relations ni de faire croire aux spectateurs qu'il y de l'espoir", témoigne l'Israélien.

En tout cas, c'est apparemment bien en tant que Palestinien qu'Emad Burnat a été retenu cette semaine pendant une heure à la douane à Los Angeles, où il se rendait pour assister aux Oscars.

"Les douaniers voulaient la preuve que j'étais nommé aux Oscars et ils m'ont dit que si je ne pouvais justifier mon voyage, ma femme Soraya, mon fils Jibril et moi-même serions renvoyés en Turquie le jour-même", a-t-il expliqué.

"Apparemment les officiers de l'immigration étaient incapables de comprendre comment un Palestinien pouvait être nommé aux Oscars", a tweeté de son côté le documentariste américain Michael Moore, qui a rapporté l'incident.

sy-hmw-feb-agr/cco

PLUS:afp