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22/02/2013 08:41 EST | Actualisé 24/04/2013 05:12 EDT

Tunisie: face à la crise, le ministre de l'Intérieur promu Premier ministre

L'islamiste Ali Larayedh, le ministre de l'Intérieur appelé vendredi à devenir Premier ministre, a promis un gouvernement pour "tous les Tunisiens et Tunisiennes" pour sortir le pays d'une profonde crise, insistant sur l'égalité des sexes dès sa première allocution.

"Nous allons entrer dans la phase de composition du nouveau gouvernement qui sera celui de tous les Tunisiens et Tunisiennes compte tenu du fait que hommes et femmes sont égaux en droits et en devoirs", a dit, depuis la présidence, cette figure modérée du parti Ennahda après avoir accepté de succéder à Hamadi Jebali, démissionnaire.

Sa référence à l'égalité des sexes a une forte portée symbolique, son parti étant régulièrement accusé de vouloir revenir sur les droits des femmes, comme lorsqu'Ennahda a proposé de faire inscrire dans la Constitution "la complémentarité" homme-femme au lieu de "l'égalité" des sexes, un projet abandonné depuis.

Fidèle à sa réputation d'homme de compromis, il a déclaré avoir besoin de toutes les forces vives pour "instaurer la démocratie à laquelle tous aspirent".

M. Larayedh a été désigné dans la matinée pour former une équipe gouvernementale à même de sortir la Tunisie de sa profonde crise politique déclenchée par l'assassinat de l'opposant anti-islamiste Chokri Belaïd début février.

Il a désormais 15 jours, soit jusqu'au 8 mars, pour former un cabinet qui devra obtenir la confiance de l'Assemblée nationale constituante (ANC).

D'ici là, la gestion des affaires courantes reste entre les mains de Hamadi Jebali, figure de proue des modérés d'Ennahda, qui a démissionné en début de semaine faute d'avoir réussi à imposer un gouvernement de technocrates.

La direction du parti islamiste, où la frange radicale est influente, avait refusé cette idée, estimant avoir la légitimité pour diriger le pays, Ennahda ayant remporté les élections d'octobre 2011.

Le choix de M. Larayedh semble indiquer un compromis entre les deux courants du mouvement islamiste dont les délibérations sont toujours empreintes du plus grand secret.

L'opposition laïque, qui a soutenu l'initiative Jebali, et les alliés séculiers d'Ennahda -- Le Congrès pour la République du président Moncef Marzouki et Ettakatol-- ont répété être prêts à soutenir un gouvernement mêlant technocrates et politiques à condition que les ministères régaliens reviennent à des indépendants.

Les islamistes, qui refusent de céder le ministère de l'Intérieur, ont fait savoir cette semaine que les autres portefeuilles feraient l'objet de négociations.

Première force politique du pays avec 89 députés, Ennahda peut réunir assez facilement les voix de 109 élus sur 217 nécessaires à l'approbation du gouvernement.

Le parti a cependant promis de former un cabinet bénéficiant de la plus large assise politique possible pour sortir la Tunisie de sa pire crise depuis la révolution qui a renversé Zine El Abidine Ben Ali en janvier 2011.

Prisonnier torturé sous le régime déchu, puis ministre de l'Intérieur après la révolution, Ali Larayedh, 57 ans, est considéré comme un homme de dialogue.

Le bilan de ses quatorze mois au ministère de l'Intérieur est cependant mitigé, la Tunisie ayant été confrontée à des vagues de violences islamistes et à des conflits sociaux réprimés durement.

M. Larayedh n'en est pas moins la bête noire de la mouvance salafiste jihadiste qui l'accuse de répression indue. "Larayedh agent des Américains", ont crié vendredi des manifestants salafistes à Sidi Bouzid.

La vie politique, déjà en crise latente depuis des mois, est paralysée depuis l'assassinat de Chokri Belaïd. Après deux semaines de silence sur l'enquête, M. Larayedh a annoncé jeudi que des suspects avaient été arrêtés, mais sans donner la moindre précision.

La famille du défunt accuse les islamistes au pouvoir d'être responsables du meurtre, ce que Ennahda dément. Une manifestation est prévue samedi après-midi à Tunis pour réclamer l'accélération de l'enquête.

Outre cette crise, le pays fait face aux frustrations sociales qui dégénèrent régulièrement en violences, le chômage et la misère, qui étaient au coeur de la révolution, n'ayant pas connu d'amélioration.

L'élaboration de la Constitution est aussi dans l'impasse faute de compromis à l'ANC, ce qui retarde l'organisation de nouvelles élections.

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