DIVERTISSEMENT
22/02/2013 05:03 EST | Actualisé 24/04/2013 05:12 EDT

<em>Parsifal</em> triomphe à New York : la « petite victoire » de François Girard

Courtoisie

Le Parsifal de François Girard a reçu un accueil dithyrambique au Metropolitan Opera de New York, vendredi dernier. Présentée en grande première dans la Grosse Pomme après avoir triomphé à l’Opéra de Lyon l’an dernier, la relecture du classique de Wagner s’est mérité une ovation debout et a soulevé l’enthousiasme des critiques, qui ont salué l’humanisme et la poésie de la mise en scène du créateur québécois. Après cinq ans de dur labeur, François Girard peut dire mission accomplie.

«Le soir de la première, quand le rideau est tombé et qu’on s’est retrouvés en arrière-scène, pour mes collègues et moi, c’a été un grand moment, a relaté ce dernier au cours d’un entretien téléphonique. On venait de terminer un travail important. Parsifal, c’est un monstre. On a ressenti cet accueil comme une réception très chaleureuse, et ça nous a fait plaisir de voir que le partage a eu lieu avec le public.»

Œuvre mythique de Richard Wagner, Parsifal est une fresque en trois actes construite autour d’un «jeune innocent», le personnage-titre, qui poursuivra un chemin initiatique, lequel fera de lui un roi spirituel, un grand rédempteur. Il devra traverser plusieurs étapes, comme le bien, le mal, la compassion et l’abstinence. Testament artistique de Wagner, Parsifal se veut le nébuleux et touffu amalgame du passé spirituel du compositeur et de ses racines chrétiennes, bouddhistes et nihilistes. C’est en somme le portait d’une communauté, en perdition d’avoir perdu la Sainte lance, que le «fou» Parsifal devra rapporter. Dans la deuxième partie, lorsque le héros en devenir s’aventurera dans le monde de Klingsor, lieu de toutes les tentations, l’assistance aura sous les yeux un immense bain de sang, symbole à la fois de cet univers sensuel et de la blessure du Christ. L’un des moments les plus impressionnants du spectacle.

Ambitieuse saga

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D’une durée de cinq heures, la nouvelle version de Parsifal présentée au MET rassemble les talents d’environ 500 personnes, incluant 275 artistes (musiciens, chanteurs, danseurs, membres des chœurs...), 150 techniciens et quantité d’autres artisans, qui se sont chargés des costumes, des maquillages des accessoires, des décors, des projections vidéo… Tout ce beau monde s’affaire depuis 2008 à créer l’événement que l’on connaît aujourd’hui, d’après une commande expresse du Met, qui accueillera la production pour encore quelques années.

«On est maintenant entrés dans le répertoire du MET, a signalé François Girard, c'est-à-dire qu’on va rejouer la pièce à plusieurs reprises, à tous les deux ou trois ans. Le Parsifal que je remplace y était présenté depuis 1991. Il a donc été à l’affiche pendant 22 ans.»

Pour ce premier tour de piste, le collage embrasera New York jusqu’au 8 mars, puis fera escale à la Canadian Opera Company de Toronto. Grâce à l’initiative Live in HD, Parsifal sera proposé dans certains cinémas. Aussi, on pourra en entendre l’intégrale le 2 mars, à Espace Musique.

Quelques huées

À travers la salve d’applaudissements, quelques huées se sont fait entendre pendant la représentation et lorsque François Girard et ses collaborateurs de Parsifal sont venus saluer le public, à la toute fin, vendredi dernier. Si certains se sont désolés de cette indélicatesse, le grand manitou de l’entreprise, lui, ne s’en est pas formalisé outre mesure.

«C’est une tradition au Metropolitan, a-t-il affirmé. On y accorde presque trop d’importance. Moi, j’ai vu cinq ou six premières au MET, et il y a toujours une poignée d’irréductibles qui huent. Il y a un facteur d’attachement d’un public conservateur qui veut retrouver ses vieux classiques. Ce qu’il faut retenir, c’est le standing ovation. On a eu une foule de 4000 personnes, qui s’est levée immédiatement. Et personne n’est sorti de la salle. Le Met parle d’un succès qu’il n’a pas vu depuis plusieurs années.»

Son engagement sur l’épopée Parsifal tirant à sa fin – il demeurera néanmoins en contact avec ses camarades de travail - François Girard aspire maintenant à se consacrer à d’autres projets stimulants. Une création du Cirque du Soleil a été remise sur les rails à Las Vegas l’automne dernier, et une association se dessine avec Franco Dragone pour une idée chinoise. Et, plus que tout, le réalisateur espère reprendre sa caméra et renouer avec le septième art.

« Je viens de terminer un cycle de théâtre, après 5 ou 6 ans sur scène. Là, ma priorité, c’est de revenir au cinéma. J’ai l’intention de remettre l’épaule à la roue. »

D’ici là, toutefois, il compte profiter de chaque minute de gloire de son Parsifal.

« La réception a été tellement belle. Je suis en paix et je goûte ma petite victoire », a laissé tomber l’homme, satisfait.