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22/02/2013 09:01 EST | Actualisé 24/04/2013 05:12 EDT

Manifestations, violences: en Egypte, le week-end devient un cauchemar

Manifestations, violences, routes coupées: "je ne peux plus quitter ma maison le vendredi", déplore Hanane Atiya. Pour cette femme au foyer comme pour beaucoup d'Egyptiens, ce jour de repos hebdomadaire autrefois impatiemment attendu s'est transformé en cauchemar.

"C'est devenu un jour de crainte et d'inquiétude", explique à l'AFP Mme Atiya, mère de trois enfants. "Je n'ai pas pu aller voir ma famille à Alexandrie (nord) parce que j'ai eu peur des manifestations et des routes coupées" par les contestataires, affirme-t-elle.

"Ca commence par des manifestations et ça se termine par des coups de feu, des cocktails Molotov, de la violence et du sang", ajoute-t-elle tristement.

Depuis la révolte populaire qui a renversé le président Hosni Moubarak début 2011, le vendredi est devenu synonyme de mobilisation, et l'Egypte a vécu de nombreux "Vendredi de la colère", "de la dignité" ou "du dernier avertissement".

La tension est encore plus forte depuis novembre, lorsque le président islamiste Mohamed Morsi s'est octroyé par décret des pouvoirs exceptionnels, sur lesquels il est ensuite revenu, et a poussé à l'adoption d'une Constitution, approuvée par référendum dans un contexte de levée de boucliers de l'opposition et de manifestations entachées de violences meurtrières devant son palais.

Depuis, presque chaque vendredi, premier jour du week-end égyptien traditionnellement consacré à la détente et aux déjeuners en famille, les opposants à M. Morsi et aux Frères musulmans organisent des rassemblements qui dégénèrent régulièrement en affrontements.

Même si les confrontations au Caire sont circonscrites et se passent le plus souvent aux abords de la place Tahrir (centre) ou du palais présidentiel, l'insécurité a augmenté avec une multiplication des cambriolages et attaques de voitures, dans une ville autrefois connue, malgré sa taille et l'ampleur des inégalités sociales, pour sa sécurité.

"Le vendredi est devenu un jour où l'on s'emprisonne volontairement chez soi. Mon mari est du genre très soucieux, alors nous ne sortons plus de la maison", s'énerve Riham Ibrahim, 33 ans, mère de deux enfants.

"Le fait de ne pas descendre dans la rue le vendredi est rentré dans nos habitudes. Descendre ce jour-là est devenu une aventure", assure Racha Adel, une enseignante de 27 ans.

Ibrahim Fawzi, directeur d'un cinéma au Caire, affirme à l'AFP que la fréquentation a diminué de moitié le vendredi, autrefois jour faste. "Les familles sont presque totalement absentes. C'est la même chose dans nos autres salles à travers le pays", ajoute-t-il.

Près du palais présidentiel d'Ittihadiya, dans la banlieue cossue d'Héliopolis où se déroulent régulièrement des affrontements entre policiers et manifestants, certains commerces prennent des dispositions spéciales le jeudi soir.

"Nous sommes au coeur des événements", explique Mohammed Ihsan, 33 ans, directeur d'une boutique, en montrant dix grandes plaques de métal qu'il dit devoir installer chaque semaine.

"Les ventes ont reculé de moitié (le vendredi) en raison des dernières violences", dit Saber Hussein, un commerçant d'Héliopolis. "Les clients qui viennent ont peur, ils veulent vite finir leurs achats".

Situé en face du palais présidentiel, le club social et sportif d'Héliopolis a surélevé ses murs pour éviter les pierres et cocktails Molotov destinés au palais. Un plan d'évacuation des membres a aussi été mis en place en cas d'urgence.

La capitale n'est pas la seule à être affectée. A Mahalla, dans le delta du Nil, un homme parti acheter des vêtements a été écrasé par une voiture pendant des affrontements. Un autre est décédé en prison après avoir été arrêté par la police alors qu'il allait acheter des médicaments, a dit sa famille à des organisations de défense des droits de l'Homme.

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