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22/02/2013 08:12 EST | Actualisé 24/04/2013 05:12 EDT

Ali Larayedh, un islamiste supplicié pour bâtir le gouvernement tunisien

Prisonnier torturé sous le régime tunisien déchu, puis ministre de l'Intérieur après la révolution de 2011, Ali Larayedh, en passe de devenir Premier ministre, est considéré comme un homme de dialogue et un modéré du parti islamiste Ennahda.

Dans sa première allocution vendredi en tant que chef de gouvernement désigné, il a très symboliquement insisté sur l'égalité des sexes, alors que son parti est sans cesse accusé de vouloir revenir sur les droits des femmes.

"Nous allons entrer dans la phase de composition du nouveau gouvernement qui sera celui de tous les Tunisiens et Tunisiennes compte tenu du fait que hommes et femmes sont égaux en droits et en devoirs", a dit cet homme moustachu au visage émacié encadré de larges lunettes.

Réputé être un partisan du compromis, il a déclaré avoir besoin de toutes les forces vives pour "instaurer la démocratie à laquelle tous aspirent" et sortir la Tunisie d'une profonde crise, exacerbée par l'assassinat début février de l'opposant anti-islamiste Chokri Belaïd.

Agé de 57 ans, cette figure du mouvement islamiste depuis sa création au début des années 1980 a fait ses armes au gouvernement ces 14 derniers mois à la tête du ministère de l'Intérieur, mais son bilan y est mitigé.

Si l'opposition laïque évoque son ouverture d'esprit, elle l'a accusé régulièrement de laxisme face à l'essor d'une mouvance salafiste violente.

M. Larayedh a ainsi été très critiqué pour n'avoir déployé qu'un dispositif de sécurité minimal autour de l'ambassade des Etats-Unis le 14 septembre 2012, alors que les islamistes radicaux appelaient à y manifester.

La police a été débordée par les manifestants qui ont pu pénétrer dans l'enceinte et incendier son parking ainsi que l'école américaine voisine. Finalement, quatre assaillants ont été tués.

Mais Ali Larayedh est aussi la bête noire des salafistes, et a été maintes fois la cible des invectives d'Abou Iyadh, le chef jihadiste accusé d'avoir organisé l'attaque contre l'ambassade.

"Vous êtes devenu un fardeau pour votre mouvement et un fardeau pour le peuple", a ainsi lancé Abou Iyadh mi-septembre depuis une mosquée du centre de Tunis encerclée par la police, avant de s'échapper.

Des centaines de salafistes ont aussi manifesté vendredi à Sidi Bouzid (centre-ouest), le traitant "d'agent des Américains", au lendemain d'un accrochage armé entre policiers et militants intégristes présumés.

Si comme le Premier ministre sortant Hamadi Jebali, il appartient au courant modéré d'Ennahda, minoritaire dans la direction du parti, Ali Larayedh y est tout de même une figure de poids.

Il en a été le président du conseil de la Choura, le Parlement interne, de 1982 à 1986, puis le chef de son bureau politique.

Et cet ingénieur de la marine marchande en subit les conséquences. Arrêté en 1987, il est condamné à mort, quelques mois avant que Zine El Abidine Ben Ali ne renverse Habib Bourguiba, le père de l'indépendance tunisienne, et gracie les islamistes menacés d'exécution.

Mais dès 1992 il est condamné à 15 ans de prison et en passera treize à l'isolement. Comme nombre de ses camarades, il subit pressions et tortures.

Le régime le menace de lui inoculer le virus du sida et diffuse des montages vidéo à caractère pornographique le mettant en scène avec un autre homme afin de le discréditer.

Son épouse Ouidad, mère de leurs trois enfants, a subi en prison des violences sexuelles filmées, selon la Fédération internationale des droits de l'Homme.

Mais lorsqu'il devient ministre de l'Intérieur et prend la tête des services dont dépendaient ses bourreaux, il jure de ne pas rechercher de vengeance.

"J'ai frôlé la mort à plusieurs reprises", a-t-il dit alors, mais "la révolution est venue pour avancer (...) et non pour se venger", a expliqué ce natif de Médenine, dans l'extrême-sud tunisien.

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