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21/02/2013 01:44 EST | Actualisé 23/04/2013 05:12 EDT

Tunisie: les islamistes en conclave pour nommer un Premier ministre

Le parti islamiste Ennahda, au pouvoir en Tunisie, a réuni jeudi soir des assises pour désigner un successeur au Premier ministre Hamadi Jebali, son numéro deux, qui a fait ses adieux aux Tunisiens après avoir refusé d'être reconduit à la tête du gouvernement.

Dans le même temps, le ministère de l'Intérieur, Ali Larayedh, a annoncé l'arrestation de suspects dans l'assassinat il y a deux semaines de l'opposant de gauche Chokri Belaïd, qui avait plongé le pays dans la tourmente.

M. Jebali s'est adressé aux Tunisiens à la télévision en affirmant sa conviction que son initiative d'un gouvernement apolitique était "la meilleure solution" pour sortir le pays de la crise.

Il a rejeté la responsabilité de son échec sur l'ensemble de la classe politique, les syndicats, les milieux d'affaires et les interférences de pays "frères et amis", en prenant soin de ne pas rompre les ponts avec son parti.

L'adresse a été diffusée au moment où le Majlis al-Choura d'Ennahda, une instance consultative de 130 membres, débattait de la désignation d'un successeur à M. Jebali.

"Il y a quatre candidats au poste de Premier ministre, Ali Larayedh (actuel ministre de l'Intérieur), Mohamed Ben Salem (Agriculture), Noureddine Bhiri (Justice) et Abdellatif Mekki (Santé)", a déclaré le porte-parole d'Ennahda, Mongi Gharbi.

Le parti a ensuite annoncé que M. Jebali s'était "excusé de ne pouvoir accepter son offre d'être le candidat au poste de chef du gouvernement" et a espéré nommer un successeur de M. Jebali "avant la fin de la semaine".

M. Jebali avait annoncé mardi sa démission, après le rejet par son parti de son initiative, lancée le 6 février, au soir de l'assassinat de M. Belaïd, qui a exacerbé la crise politique latente depuis des mois en Tunisie.

Cette idée a été bien accueillie par une large partie de l'opposition et de l'opinion publique et par l'un des deux alliés d'Ennahda, Ettakatol, parti laïque du chef de l'Assemblée nationale constituante (ANC) Mustapha Ben Jaafar.

Elle s'est en revanche heurtée au refus des durs d'Ennahda et du Congrès pour la République (CPR) du président Moncef Marzouki, autre parti associé au pouvoir, ainsi que par des dissidents de ce parti réunis au sein du mouvement Wafa.

Fort de 89 députés à l'ANC, Ennahda peut réunir 109 votes sur 217 pour faire passer le cabinet, mais le parti tente de trouver un consensus politique le plus large possible. Il peut déjà compter sur le CPR qui a affirmé jeudi être prêt à participer au prochain gouvernement.

Dans l'opposition, l'idée d'un gouvernement apolitique avait été bien accueillie, en particulier par ceux qui cherchent à soustraire à Ennahda les ministères régaliens et en premier lieu celui de l'Intérieur.

Deux ans après la révolution, l'ANC n'est toujours pas parvenue à élaborer une Constitution, un préalable indispensable à la tenue d'élections, et les problèmes du chômage et de la pauvreté dans les régions défavorisées, à l'origine de la révolte qui a chassé l'ancien président Zine El Abidine Ben Ali, n'ont pas trouvé un début de solution.

La montée des salafistes, responsables de plusieurs coups d'éclat, fait aussi craindre une explosion de violences, comme l'a rappelé jeudi l'annonce de la découverte d'une cache d'armes et de l'arrestation de treize suspects de cette mouvance.

Deux policiers ont été blessés jeudi, l'un à une épaule et l'autre à une main, dans des échanges de tirs avec des salafistes qui ont réussi à prendre la fuite dans la ville de Sidi Bouzid, berceau de la révolution tunisienne dans le sud-ouest défavorisé.

Alors que la famille de Chokri Belaïd accuse Ennahda d'être impliqué dans son assassinat, le ministre de l'Intérieur, Ali Larayedh, a annoncé jeudi l'arrestation de suspects, mais sans donner de détails arguant du secret de l'instruction.

"L'enquête n'a pas abouti encore à l'identification du tueur, de ceux qui sont derrière cet assassinat et de ses mobiles", a-t-il indiqué.

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