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21/02/2013 09:53 EST | Actualisé 23/04/2013 05:12 EDT

Renaud Lachance sceptique devant le fait que Milioto contredise tant de témoins

MONTRÉAL - Le commissaire Renaud Lachance a exprimé son scepticisme face au témoignage de Nicolo Milioto, jeudi, s'étonnant du nombre de témoins venus dire des choses sous serment, devant la Commission Charbonneau, et que M. Milioto a ensuite contredits.

L'ex-dirigeant d'Infrabec, Lino Zambito, l'ex-ingénieur municipal Luc Leclerc, le président de Terramex, Michel Leclerc, et le directeur des ventes d'Ipex, Michel Cadotte, ont tous relaté des événements dont M. Milioto a nié la véracité, a souligné le commissaire Lachance.

Et après la sortie du commissaire, M. Milioto a contredit le témoignage de deux autres témoins sous d'autres aspects: Michel Lalonde, président de Génius, et Martin Dumont, l'ex-organisateur politique d'Union Montréal.

Le commissaire lui a demandé s'il croyait vraiment qu'autant de témoins auraient pu «rêver la nuit», puis décider de «venir raconter à la télévision» des mensonges l'impliquant. Et pourquoi lui en voudraient-ils, lui qui se dit serviable et respectueux?

M. Milioto s'est montré évasif, disant que chacune de ces personnes pouvait avoir ses raisons propres.

Il a notamment «juré devant Dieu» ne pas connaître Martin Dumont, l'ex-organisateur politique d'Union Montréal, qui a affirmé qu'il lui avait remis une enveloppe de 10 000 $ dans un urinoir et qu'il l'avait déjà menacé de le couler dans ses fondations de trottoirs parce qu'il posait trop de questions sur ses contrats dans Rivière-des-Prairies_Pointes-aux-Trembles.

Martin Dumont est, à ses yeux, «un menteur professionnel et plus qu'un menteur».

«Moi, je vous donne ma vérité, ma version de la vérité», a plaidé M. Milioto. Ce à quoi le commissaire Lachance a répliqué: «vous dites que c'est votre vérité, ça ne peut pas être plus clair que ça».

M. Milioto a aussi nié avoir donné de l'argent comptant à l'ingénieur Luc Leclerc, qui était chargé de projets pour la Ville de Montréal, à l'époque, alors que ce dernier a pourtant admis avoir reçu de l'argent comptant de sa part en plusieurs occasions.

Et si M. Leclerc a affirmé cela sous serment, c'est parce qu'«il s'est fait pogner par le gouvernement» et a cherché un bouc-émissaire, a avancé M. Milioto.

La commission s'est attardée aux relations que l'entrepreneur en trottoirs a entretenues avec des employés de la Ville de Montréal, notamment M. Leclerc, son supérieur Gilles Vézina et l'ancien directeur de la réalisation des travaux Robert Marcil. Les deux derniers ont même été invités au mariage de sa fille.

«On a besoin des relations de tout le monde quand on travaille dans une ville. C'est tout le temps bon d'avoir des relations», a concédé M. Milioto.

Il a catégoriquement nié avoir déjà donné de l'argent comptant à qui que ce soit à la Ville de Montréal. «Nick Milioto n'a jamais donné d'enveloppe à personne», s'est-il exclamé, devant les questions répétées de la procureure en chef, Me Sonia Lebel.

M. Milioto a cependant concédé avoir donné à M. Leclerc des bouteilles de vin, des billets pour le golf. Et il a admis lui avoir «envoyé» deux employés de Mivela, à ses frais, pour couler un plancher de béton chez lui, pendant trois ou quatre heures.

Il a aussi invité M. Leclerc au restaurant, afin de lui demander d'intercéder auprès de la Ville de Montréal, qui tardait à payer ses entrepreneurs, un mois après que les travaux aient commencé.

À ses yeux, tout ça n'était que des «petits plaisirs», sans espérer de faveurs en retour. Il a concédé avoir obtenu, au mieux, un traitement accéléré de ses dossiers par les employés de la Ville.

Financement politique

M. Milioto a aussi cherché à réduire la portée de ses contacts avec Bernard Trépanier, longtemps responsable du financement à Union Montréal. «Il m'a déjà vendu quelques billets» pour des cocktails, a-t-il affirmé.

Mais la commission a vu ses relevés téléphoniques, faisant état de 81 conversations entre MM. Milioto et Trépanier, particulièrement en 2006, alors que les élections municipales étaient passées. S'il s'agissait seulement d'appels pour l'inviter à acheter des billets, c'était «de la vente sous pression», a ironisé le commissaire Lachance.

Le commissaire lui a demandé si la brièveté de ses conversations ne laissait pas supposer qu'il craignait d'être sous écoute électronique, puisqu'il a admis fréquenter le parrain de la mafia, Nick Rizzuto père. «Je n'ai jamais craint l'écoute électronique», a répliqué M. Milioto.

Plus tôt dans la journée, M. Milioto a également nié avoir déjà suggéré à d'autres entrepreneurs d'organiser un système de collusion dans le domaine de l'aménagement des parcs, comme il en aurait existé un dans le secteur des trottoirs et des égouts.

Il a ainsi réfuté les propos tenus l'automne dernier par l'entrepreneur Michel Leclerc, de Terramex. M. Leclerc avait soutenu que M. Milioto l'avait fait venir à son bureau et lui avait conseillé de s'entendre avec d'autres entrepreneurs du secteur de l'aménagement des parcs pour obtenir de meilleurs prix.

Me Lebel a aussi cherché à savoir pourquoi le montant des contrats que Mivela a obtenus de la Ville de Montréal a grimpé si rapidement entre 2002 et 2011. «Pourquoi, particulièrement à compter de 2006, votre chiffre d'affaires passe d'environ 7 millions $ à 15, 20 et 23 millions $ en 2009 environ?» lui a demandé l'avocate.

M. Milioto a douté de ses chiffres et soutenu que son chiffre d'affaires n'a jamais dépassé 11 millions $. La commission lui a alors demandé de déposer ses bilans financiers pour les exercices 2002 à 2011.