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21/02/2013 07:11 EST | Actualisé 23/04/2013 05:12 EDT

Mali: une voiture explose près d'un camp français à Kidal, combats à Gao

Explosion d'une voiture près d'un camp militaire français et tchadien à Kidal et combats à Gao: jeudi, la phase de "sécurisation" du nord-est du Mali, où sont retranchés des combattants islamistes armés liés à Al-Qaïda, paraissait loin d'être terminée.

A Kidal, à 1.500 km au nord-est de Bamako, un "véhicule est arrivé en filant vers le sud-ouest" de la ville et "a explosé à environ 500 mètres du camp occupé par les Français et les Tchadiens. Deux civils ont été blessés, ils sont à l'hôpital", a déclaré à l'AFP un élu de Kidal, information confirmée de source sécuritaire malienne à Bamako.

Un fonctionnaire de Kidal a de son côté précisé que l'explosion du véhicule avait eu lieu "à moins d'un kilomètre du camp occupé par les Tchadiens et les Français". Selon lui, le conducteur du véhicule était sans doute "un kamikaze" qui "visait le camp". "Mais il est allé exploser avec sa voiture noire dans une cour. Il y a eu un grand bruit".

"Le chauffeur du véhicule a été tué sur le coup. La foule est actuellement sur les lieux de l'explosion", a déclaré l'élu.

C'est la première fois qu'une apparente tentative d'attentat à la voiture piégée se produit au Mali.

Les forces françaises avaient repris dans la nuit du 29 au 30 janvier le contrôle de l'aéroport de Kidal, ancien bastion islamiste, et quelque 1.800 soldats tchadiens sont arrivés depuis pour sécuriser la ville.

Mais avant même l'arrivée des soldats français, Kidal était passée sous le contrôle d'islamistes se disant "modérés" et du Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA, rébellion touareg).

Ils ont exigé qu'aucun soldat malien, ni ouest-africain, ne soit déployé à Kidal, berceau traditionnel des rébellions touareg contre le pouvoir de Bamako, craignant notamment des exactions visant les communautés arabe et touareg.

A Paris, l'état-major de l'armée française, interrogé jeudi sur une éventuelle collaboration au Mali avec le MNLA, a déclaré "se coordonner" effectivement avec "les groupes qui ont les mêmes objectifs" que les Français.

Au nord de Kidal se trouve le massif des Ifoghas où sont retranchés des combattants islamistes puissamment armés, que les soldats français traquent depuis plusieurs semaines, par des opérations aériennes et terrestres.

Un soldat français a été tué mardi lors d'un violent accrochage dans les Ifoghas, au cours duquel une vingtaine d'islamistes ont également trouvé la mort.

Plus au sud, à Gao, la plus grande ville du nord du Mali, située à 1.200 km au nord-est de Bamako, des tirs à l'arme lourde ont été entendus pendant plusieurs heures dans la nuit de mercredi à jeudi. Ils ont opposé des soldats nigériens présents à Gao à "une quarantaine d'islamistes" armés qui ont réussi à s'infiltrer dans la ville depuis des villages proches, selon une source militaire malienne.

Trois islamistes ont été tués lors de ces combats qui ont eu lieu aux entrées nord et sud de la ville, selon cette source.

Les combats se poursuivaient jeudi en début d'après-midi en centre-ville entre combattants jihadistes et soldats maliens, près de la mairie et du palais de justice qui était en flammes, selon une correspondante de l'AFP qui a aussi vu une station-service brûler. Des soldats français sont arrivés en renfort et le marché principal a été fermé, a-t-elle constaté.

"Nos troupes font face actuellement aux jihadistes vers la mairie de Gao. Ils ont infiltré la ville, nous ripostons", a déclaré le capitaine Amadou Diarra de l'armée malienne, interrogé depuis Bamako.

L'état-major des armées françaises assurait jeudi matin n'avoir "pas d'informations" sur l'explosion d'un véhicule à Kidal ou des combats à l'arme lourde à Gao.

Gao a été reprise aux islamistes armés du Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest (Mujao) le 26 janvier par les soldats français et maliens.

Les 8 et 9 février, elle a été le théâtre les deux premiers attentats-suicides de l'histoire du Mali commis par deux kamikazes morts en se faisant exploser contre un poste de contrôle de l'armée malienne.

Le lendemain, de violents combats de rue avaient eu lieu dans le centre-ville entre des soldats français et maliens et des combattants jihadistes, faisant au moins cinq morts et 17 blessés.

Mardi, le président français François Hollande avait déclaré que l'opération lancée par l'armée française le 11 janvier pour prévenir une avancée vers le Sud et Bamako des islamistes armés qui occupaient le Nord depuis neuf mois, entrait dans sa "dernière phase".

Il s'agit d'aller "jusqu'au bout, c'est-à-dire l'arrestation des derniers chefs ou groupes terroristes qui demeurent à l'extrême nord du Mali", avait-il précisé.

L'opération française, aux côtés de l'armée malienne et d'autres armées africaines, s'est accompagnée d'exactions de la part de soldats maliens contre des personnes accusées d'avoir collaboré avec les islamistes, selon plusieurs témoins et des ONG de défense des droits de l'Homme.

L'une d'elle, Human Rights Watch a appelé jeudi le gouvernement malien à "poursuivre" ces soldats.

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