NOUVELLES
21/02/2013 01:15 EST | Actualisé 23/04/2013 05:12 EDT

Ici, Chez soi, de l'ONF: Robert : la vie avec un frigo (VIDÉO)

Robert Watson est catégorique : sans l'équipe du projet Chez Soi à Moncton, il serait peut-être mort à l'heure qu'il est. Survivre quand on est atteint d'un problème de santé mentale est un combat quotidien – une joute que Robert a bien failli perdre. Des dizaines d'autres personnes n'ont pas sa chance et périssent chaque année de complications liées à la maladie mentale et à l'itinérance chronique.

Ici, Chez soi est un documentaire Web de l’ONF dans les coulisses de Chez Soi, une grande enquête de la Commission de la santé mentale du Canada pour stopper l’itinérance chronique. Le concept? Donner un toit aux sans-abri.

La faim, comme l'itinérance, est aussi une situation incontournable quand il est question de pauvreté et d'exclusion. Comment peut-on prendre sa santé mentale et physique en main quand on a l'estomac vide? Cette question, on se la pose en regardant le film Frigo: mode d'emploi de Louiselle Noël.

Même si les participants ont eu accès à un four et un réfrigérateur en déménageant dans leur appartement, ils ne savaient pas nécessairement comment préparer un repas. L'équipe de Chez Soi offre des cours de cuisine à des individus comme Robert.

Avant d'être recruté par l'équipe du projet à Moncton, Robert n'en menait pas large. Âgé de 29 ans au moment du tournage, le jeune homme qui vit avec un trouble de la personnalité schizoïde fait partie des participants de l'étude qui sont logés et qui reçoivent des services médicaux, psychologiques et... culinaires.

Sa condition fait qu'il a du mal à socialiser; en apparence, il n'est pas touché par les marques d'affection, les interactions et la présence des autres. Participer à un cours de cuisine et faire des emplettes est donc un défi de taille pour les personnes atteintes de ce trouble de la personnalité.

Dans son film, la réalisatrice Louiselle Noël nous aide à comprendre l'importance d'avoir une cuisine après des années de précarité ou carrément de vie sur le trottoir. On suit Robert dans une banque alimentaire, où il achète des produits. Il peut maintenant préparer des repas car il vit en appartement. Il confie à la caméra qu'il est conscient qu'une diète équilibrée a des conséquences positives dans sa vie.

Les chercheurs de Chez soi ont d'ailleurs découvert que l'utilisation des banques alimentaires avait augmenté dans certaines villes depuis le lancement du projet. La raison est simple : maintenant qu'ils ont une cuisine, les participants peuvent préparer des repas chez eux. Avec un budget limité, c'est plus abordable de se rendre dans une banque alimentaire qu'à l'épicerie du coin.

Suivez le webdoc sur Twitter>>

Suivez le webdoc sur Facebook>>

Se rétablir au quotidien

Le trouble de la personnalité schizoïde et la schizophrénie ne sont pas la même condition. Les individus avec une personnalité schizoïde sont complètement désintéressés par les relations sociales. La schizophrénie, elle, est une maladie mentale marquée par des épisodes psychotiques. Elle affecte la personnalité, mais pas l'intelligence. Toutefois, plusieurs symptômes touchent les deux conditions : les personnes atteintes vivent plusieurs difficultés liées à la socialisation, ils ont tendance à s'isoler et ils peuvent avoir de la difficulté à faire face au quotidien.

Simon Longpré a été diagnostiqué avec la schizophrénie en 2003 et il est aujourd'hui blogueur et pair aidant pour la Société québécoise de la schizophrénie. Son travail consiste entre autres à rencontrer des personnes victimes de maladie mentale et leurs proches. Nous lui avons présenté l'histoire de Robert et avons recueilli ses réactions.

Le mot « rétablissement » revient souvent dans le discours des pairs aidants : se rétablir est l'objectif à atteindre pour les personnes qui vivent avec la schizophrénie ou une autre maladie mentale. Mais comme on ne guérit pas complètement de cette maladie ou de troubles de personnalité, il faut plutôt viser un équilibre physique, psychologique et intérieur. « Avec les effets secondaires de la médication et le manque de motivation, c'est sûr que ça peut être difficile de trouver une forme de stabilité », poursuit Simon au bout du fil.

« Avoir un toit, c'est énorme. Se retrouver chez soi, avoir la paix, ça aide définitivement à mieux vivre avec la maladie mentale », affirme Simon, qui a lui-même failli glisser dans l'itinérance avant d'être hospitalisé. Son histoire, il la partage dans des ateliers et des cafés-causeries pour inspirer d'autres personnes atteintes.

« Il faut briser l'isolement et redonner espoir aux personnes atteintes » croit Simon. C'est un des buts que semblent atteindre les ateliers culinaires suivis par Robert, qui retrouve graduellement confiance en lui.

Un menu équilibré

Robert aime cuisiner et selon Simon, quand on aime ce qu'on fait, notre estime de soi s’améliore. « C'est à la personne atteinte de décider de son sort. On appelle ça l'autodétermination. C'est un enjeu important pour les personnes atteintes, qui manquent souvent de volonté pour affronter le quotidien. Ça fait partie de la maladie. »

Évidemment, une alimentation saine est bénéfique pour le corps et l'esprit. C'est une partie intégrale du rétablissement, comme le logement et la médication. « Cela prend beaucoup de courage et de résilience pour vivre avec la maladie », souligne Simon. Le suivi est primordial afin d'éviter que les personnes logées ne rechutent dans l'itinérance.

Lise est une autre participante de Chez soi à Moncton, qui est, elle, atteinte de schizophrénie. Comme dans le cas de Robert, l'équipe du projet l'a aidé à trouver une occupation valorisante. Aujourd'hui, elle peint et vend ses œuvres d'art à des acheteurs de sa région. Simon poursuit : « Plusieurs personnes atteintes ont malheureusement un emploi mal rémunéré. J'en connais qui font de l'entretien ménager ou qui travaillent dans un entrepôt. »

Et si les cours de cuisine de Robert lui avaient sauvé la vie? Simon voit dans ce participant du projet Chez soi une personne qu'on a réussi à sauver. « Mais il y a des gens qui décèdent chaque année. J'ai côtoyé des gens de la rue; j'en rencontre au métro Berri-UQAM [à Montréal]. Mais souvent, les personnes atteintes ne savent pas qu'elles vivent avec une maladie mentale comme la schizophrénie. »

La vie de Robert n'est pas facile tous les jours, mais elle est sûrement plus agréable avec trois repas par jour, qu'il cuisine lui-même.

Pour avoir plus d'information

La Société québécoise de la schizophrénie a conçu un site Web pour soutenir les personnes qui pourraient en être atteintes, et leurs proches. On peut consulter le refer-O-scope pour comprendre les signes précurseurs de la maladie. Les personnes qui souhaitent entrer en contact avec Simon Longpré peuvent le faire en téléphonant directement à la Société au 514- 251-4125.