DIVERTISSEMENT
20/02/2013 10:11 EST | Actualisé 22/04/2013 05:12 EDT

Théâtre 2.0 ou quand Facebook devient le lieu de tous les combats: rencontre avec Claude Poissant (ENTREVUE)

Maxime Leduc

Racontant l’amitié compétitive entre cinq jeunes trentenaires qui tentent de déterminer lequel d’entre eux arrivera à créer le monde virtuel et réseauté le plus fascinant, la pièce Les Cinq visages pour Camille Brunelle tiendra l’affiche de l’Espace GO du 26 février au 23 mars prochain.

À l’ère de Facebook, Twitter, You Tube et Instagram, les adultes se construisent des existences parallèles en inondant les réseaux sociaux de phrases-chocs, de photos accrocheuses, d’amis virtuels et de références culturelles à la pelletée. «Les cinq personnages mettent en scène leur propre existence en redéfinissant qui ils sont, comment ils bougent, à qui ils s’allient et de quelle façon ils partagent leur quotidien», explique le metteur en scène Claude Poissant. «Ils essaient de transformer leur univers en le rendant le plus cinématographique possible. Plus ils offrent des parcelles de leur intimité, plus ils se comparent et finissent par s’ouvrir uniquement en surface.»

À force de travailler sur ces personnages qui ne cessent de se regarder le nombril, Poissant se questionne sur le narcissisme ambiant.  Je crois que la revalorisation du moi est apparue de plus en plus à la fin du dernier siècle. Un peu comme si la société avait pris un sentier où tu dois prouver à la planète que tout seul, tu es quelque chose d’important. Avec l’éclatement des systèmes de communications et des frontières, tout le monde a réussi à s’emparer de lui-même pour se mettre en lumière, en scène et en espace.»

Selon le metteur en scène, les réflexes sociaux ont évolué radicalement depuis son adolescence peace and love.  À cette époque-là, on avait un ego, des blessures et des failles, mais on n’avait pas besoin de s’en vanter pour exister. Je pense qu’on était plus centré sur le collectif et sur l’évolution d’un pays à faire. On essayait de se différencier en tant que peuple, avant de le faire en tant qu’individu. Mais l’idée n’est surtout pas d’être nostalgique ou de dire que c’était mieux avant. On est rendu là. Maintenant, on fait quoi?»

À partir du texte de l’auteur Guillaume Corbeil, Claude Poissant a créé un univers où les personnages veulent se séduire et convaincre les spectateurs de la richesse de leur univers. «Ils martèlent leur message de façon tellement obsessive que leur séduction devient quasi rebutante. C’est du théâtre très in your face. Dès le départ, avec le scénographe Max-Otto Fauteux, on a voulu se concentrer sur cinq acteurs, un plancher et un écran, comme si le spectateur était devant son ordinateur. Dans le deuxième acte, on projette plusieurs photos prises avec un iPhone dans une série de fêtes et de rencontres entre amis. Au début de la troisième partie, les images deviennent de plus en plus léchées. Et par la suite, les personnages vont aller de plus en plus loin. Ce sera à qui va avoir la vie la plus horrible et la plus souffrante. Ça va devenir une ode au trash

Lors des répétitions avec les acteurs Francis Ducharme, Laurence Dauphinais, Ève Pressault, Mickaël Gouin et Julie Carrier-Prévost, le metteur en scène leur a demandé de livrer l’information avec une expression très narrative. «Sur les réseaux sociaux, on utilise pratiquement le même ton pour dire que sa mère a le cancer que pour raconter ce qu’on mange pour souper. Je voulais recréer ça en demandant aux comédiens de travailler avec le principe des voix hors champ, sans épanchements.»

Préférant composer avec les univers et les personnages de son métier plutôt que de s’investir trop sérieusement dans le phénomène des réseaux sociaux, Claude Poissant aura du pain sur la planche dans la prochaine année. En plus de voir The Dragonfly of Chicoutimi s’envoler vers Vancouver et Bienveillance partir en tournée au Québec, il va monter une comédie cruelle sur la banlieue à l’automne à l’Espace GO et diriger son premier classique en 10 ans. Il aura également le bonheur de regoûter à l’enseignement au Conservatoire de Montréal.