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20/02/2013 04:57 EST | Actualisé 22/04/2013 05:12 EDT

La brutalité policière s'aggrave en Égypte, dénoncent des organisations

LE CAIRE, Égypte - Des organisations égyptiennes affirment que les abus policiers et les actes de brutalité sont en hausse dans les centres de détention et durant les manifestations, accusant la police de revenir aux méthodes qui prévalaient sous l'ancien régime.

Dans un communiqué publié mercredi, plus d'une dizaine d'organisations de défense des droits de la personne affirment que la police a recours à la même torture systématique qui prévalait sous le régime de l'ancien président Hosni Moubarak. «Certains crimes sont même allés plus loin», affirme le communiqué.

Les organisations accusent le président Mohammed Morsi, élu démocratiquement après le renversement de l'ancien régime, de ne rien faire pour empêcher les abus ou pour les condamner. Elles lui demandent de congédier le ministre de l'Intérieur, qui supervise la police, et de le juger pour la mort de près de 60 manifestants depuis un mois à travers l'Égypte.

Le ministre de l'Intérieur, Mohammed Ibrahim, a nié mardi que ses forces aient tiré sur des manifestants et a déclaré que seul le premier ministre pouvait le démettre de ses fonctions. M. Ibrahim a assuré que les forces de sécurité ne confrontaient pas les manifestants pacifiques et qu'elles avaient eu recours aux gaz lacrymogènes seulement pour disperser des émeutes violentes.

Dans le cadre de leur initiative en 10 points, les organisations demandent plus de transparence et de responsabilité dans les crimes commis contre les manifestants depuis le soulèvement de 2011. Elles demandent aussi une réforme des forces de sécurité du pays.

Dans une émission de télévision très populaire diffusée mardi soir, une victime de brutalité policière, dont le cas a été documenté par les organisations, a raconté aux téléspectateurs les mauvais traitements qu'il a subis durant plus de 48 heures au début du mois de février.

«Ils m'ont demandé de choisir un nom de femme afin de l'utiliser pour me désigner. C'était la partie la plus facile de la torture», a déclaré Ayman Mohanna sur la chaîne privée ONTV.

Il a affirmé avoir été détenu avec près de 50 autres hommes dans une petite pièce dont le sol a été inondé d'eau, puis électrifié.

«On sautait de haut en bas comme des poissons grillés», a-t-il dit.

Hossam Bahgat, qui dirige l'Initiative égyptienne pour les droits personnels, l'une des organisations qui documentent les mauvais traitements subis par les détenus, a déclaré dans la même émission que les agents de sécurité avaient recours aux abus physiques pour arracher des confessions, mais aussi pour humilier et punir ceux qui participent aux manifestations.

Les organisations affirment que la brutalité des policiers envers les manifestants s'est aggravée depuis le 25 janvier, quand des centaines de milliers de manifestants sont descendus dans les rues de nombreuses villes du pays pour souligner le deuxième anniversaire du début du soulèvement contre le régime Moubarak.

«C'est devenu encore plus agressif que durant l'ère Moubarak», a affirmé Malek Adly, un avocat du Centre égyptien pour les droits économiques et sociaux.

Selon M. Adly, plus de 1000 manifestants, dont des mineurs, ont été arrêtés et détenus au cours des dernières semaines.