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20/02/2013 11:16 EST | Actualisé 22/04/2013 05:12 EDT

Algérie: Sonatrach au centre d'un nouveau scandale de corruption présumé

Quelques semaines après l'attaque de jihadistes contre le complexe gazier d'In Amenas, le groupe pétrolier public Sonatrach est secoué par un scandale portant sur des pots-de-vin qui auraient été versés par le géant italien Eni à des responsables algériens pour obtenir des contrats.

Le parquet d'Alger a ordonné le 10 février l'ouverture d'une enquête sur une éventuelle corruption liée à des contrats entre Eni et Sonatrach, l'une des compagnies pétrolières les plus importantes au monde, qui assure près de 98% des recettes en devises de l'Algérie. En 2011, elle a réalisé un chiffre d'affaires à l'exportation de 72 milliards de dollars.

Le ministre de l'Energie, Youcef Yousfi, a prévenu mercredi qu'il serait "inflexible" envers toute personne impliquée dans des affaires de corruption au sein de Sonatrach, alors qu'il était interrogé sur des malversations présumées au sein de la société après l'ouverture d'une enquête en Italie sur le patron d'Eni, Paolo Scaroni, pour une affaire de corruption en Algérie.

"La justice est en train d'enquêter (...) Nous prendrons les mesures nécessaires quand la justice aura fini son travail et que ces affaires seront confirmées et avérées", a précisé M. Yousfi, lors d'une conférence à Alger.

"Nous combattons la corruption avec une plus grande détermination. Des instructions très fermes ont été données aux organismes de Sonatrach de poursuivre toute personne qui agit contre ses intérêts. Nous serons inflexibles dans ce domaine là", a-t-il prévenu.

Selon les médias italiens, M. Scaroni est soupçonné d'avoir participé à au moins une rencontre à Paris destinée à faire obtenir à Eni et à sa filiale Saipem un marché évalué à 11 milliards de dollars avec Sonatrach. Dans ce but, une commission occulte de 197 millions d'euros aurait été versée, via un intermédiaire, à de hauts responsables algériens.

Les faits révélés par les médias "sont en relation avec l'information judiciaire déjà ouverte auprès du pôle pénal spécialisé de Sidi M'hamed (Alger) dans le cadre de l'affaire dite Sonatrach 2", a précisé le parquet d'Alger dans un communiqué.

Cette précision est intervenue suite aux informations publiées par des médias faisant état de "l'implication de personnalités algériennes dans des faits à caractère pénal et plus précisément de corruption lors de l'exercice de leurs fonctions au sein des institutions de l'Etat", selon la même source.

M. Yousfi a succédé au controversé Chakib Khelil, démis de ses fonctions fin mai 2010, après avoir occupé le portefeuille de l'énergie durant dix ans, en raison d'accusations de corruption touchant son équipe.

Selon la presse algérienne, plusieurs hauts responsables, dont M. Khelil, sont soupçonnées d'êtres impliqués dans la série de scandales de corruption au sein de la Sonatrach qui ont éclaté en janvier 2010 après le limogeage de son PDG Mohamed Meziane.

M. Meziane, qui a dirigé la société durant sept ans, a été condamné en appel en décembre 2011 à deux ans de prison dont un ferme pour malversations.

Cette affaire a conduit à la condamnation de plusieurs autres dirigeants du groupe pétrolier, dont son vice-président Abdelahfidh Feghouli, qui avait été remplacé par Hocine Cherouati en mai 2010, à son tour limogé en novembre 2011 et remplacé par un autre cadre de l'entreprise, Abdelhamid Zerguine.

Les nouvelles révélations risquent d'ébranler un peu plus le secteur énergétique de l'Algérie, déjà secoué par une prise d'otages sanglante sur le site gazier d'In Amenas, qui représente environ 12% de la production nationale, actuellement à l'arrêt.

Trente-sept otages étrangers et un Algérien ont été tués, de même que 29 assaillants abattus lors de cette attaque et l'opération militaire algérienne qui a suivi.

L'Agence internationale de l'énergie (AIE) a estimé en janvier que l'attaque du site gazier en Algérie "fait peser un nuage noir sur les perspectives du secteur de l'énergie du pays".

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