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19/02/2013 09:27 EST | Actualisé 21/04/2013 05:12 EDT

"Prisonnier X": les méthodes de recrutement du Mossad en question

La ténébreuse affaire du "prisonnier X", un Australien qui aurait travaillé pour le Mossad et se serait suicidé alors qu'il était incarcéré incognito en Israël en 2010, soulève de plus en plus de questions sur les méthodes et le recrutement des services secrets israéliens.

Les médias s'interrogent en particulier sur la personnalité de la victime, Ben Zygier, un avocat australo-israélien de 34 ans enrôlé par le Mossad (l'agence de renseignement extérieur), selon la chaîne de TV australienne ABC.

D'après des sources citées lundi par la télévision australienne ABC, le "prisonnier X" a été arrêté en février 2010 par les Israéliens pour avoir fourni des informations sur des opérations du Mossad au service de renseignement australien.

Le bureau du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, qui supervise le Mossad, a démenti mardi soir tout contact entre Ben Zygier et "les services et les agences de sécurité australiens". C'est la première fois en outre qu'Israël publie son nom.

Détenu en haute sécurité à la prison Ayalon, près de Ramleh, au sud de Tel-Aviv, il s'est pendu dans la douche de sa cellule en décembre 2010, a indiqué mardi un tribunal israélien. Les faits qui lui étaient reprochés n'ont pas été divulgués par les autorités.

Pour M. Netanyahu, une "surexposition" médiatique des services de renseignements pouvait "porter gravement préjudice" à la sécurité de l'Etat.

Devant le tollé déclenché par l'affaire, le ministère de la Justice a assuré que le détenu avait eu droit à un avocat et que sa famille avait été informée de son arrestation.

Citant un haut responsable de la sécurité, la télévision israélienne a affirmé qu'il n'avait pas été "persécuté" mais qu'il s'était supprimé parce qu'il avait "honte de ce qu'il avait fait".

Selon le portrait qu'une partie des médias israéliens, soumis à une stricte censure, dressent de lui, Ben Zygier avait tendance à se vanter de son appartenance aux services de renseignements.

Selon le quotidien Haaretz, il avait fait état à un ami de ses accointances avec le Mossad, lui confiant que durant son service militaire, il avait participé à une opération de soutien à un commando israélien au Liban, lors de laquelle deux enfants avaient été tués.

"Il m'a dit qu'il avait été hospitalisé à la suite du traumatisme qu'il avait subi. Il est ensuite rentré en Australie avant de revenir quelques années plus tard en Israël", a témoigné cet ami.

Pour Yossi Melman, un spécialiste du renseignement, la fragilité psychologique de la recrue aurait due être repérée par ses officiers traitants.

Selon lui, le recrutement des agents du Mossad obéissent à des critères "très rigoureux. Le candidat doit passer des séries de tests psychologiques et des examens psychométriques, ainsi que des entretiens avec des psychologues. Ce n'est qu'ensuite que le futur agent se voit testé sur le terrain".

"S'il (Zygier) avait eu des problèmes, je suis certain que le Mossad l'aurait su", estime M. Melman.

D'autres analystes notent toutefois qu'il est difficile de repérer des "problèmes" chez des agents dont toute la vie professionnelle est fondée sur le mensonge et la dissimulation.

Pour tenter d'élucider l'affaire, la commission parlementaire des Affaires étrangères et de la Défense a lancé une "enquête exhaustive".

"Quoi qu'il ait fait, il a fait quelque chose qui a compromis l'organisation et peut-être une opération de terrain, peut-être même des agents en mission, je ne sais pas", spécule Yossi Melman, en s'abritant derrière les informations publiées à l'étranger, à cause de la censure.

Mais pour lui, Ben Zygier n'était sans doute qu'un rouage dans la machine: "Il n'avait pas un boulot majeur. Pour moi c'est clair".

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