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19/02/2013 08:54 EST | Actualisé 21/04/2013 05:12 EDT

« C'est quoi la mafia M. Milioto? ''Je ne sais pas'' »

Un texte de François Messier

EN DIRECT - Nicolo Milioto, soupçonné d'être un intermédiaire entre des entrepreneurs en construction et le clan mafieux Rizzuto, persiste à nier toute connaissance de la mafia.

« C'est quoi la mafia M. Milioto? », lui a rapidement demandé la procureure en chef Sonia Lebel en début de journée « Je ne sais pas », a répondu l'homme qui fréquentait pourtant Nicolo Rizzuto père au café Consenza.

Il soutient que tout ce qu'il connait de la mafia lui vient des journaux, sans plus. Il en est de même du « pizzo », cette taxe d'extorsion réclamé par la mafia à des entrepreneurs.

Nicolo Milioto dit ne rien savoir des activités criminelles alléguées de Rizzuto père, pas plus que de celles des lieutenants du clan Rizzuto qu'il croisait, pour certains, au café Consenza.

Nicolo Milioto nie par ailleurs avoir ramassé une ristourne de 2,5 % sur des contrats attribués par la Ville de Montréal pour la mafia, comme l'a dit l'ex-propriétaire d'Infrabec, Lino Zambito, lors de son témoignage.

La procureure Lebel a également interrogé le témoin sur d'autres entrepreneurs spécialisés dans les trottoirs à Montréal. Là encore, le témoin n'a rien dit de significatif. Il a dit connaître ses entrepreneurs, et a souligné qu'il empruntait parfois de l'équipement à certains d'entre eux. Il a nié avoir d'autres liens d'affaires avec eux. 

La première portion de la matinée s'est terminée abruptement, après que la commissaire France Charbonneau eut tancé le témoin, qui refusait de répondre à une question de la procureure Lebel. 

« Vous n'avez pas à décider de la pertinence des questions » de Me Lebel, a dit la commissaire « Nous allons suspendre maintenant, et je vais dire à votre avocat de vous expliquer ce qu'est un outrage au tribunal, et ce qu'est une accusation de parjure », a-t-elle ajouté.

« Après la pause, vous devrez répondre aux questions! »

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Lors de sa première journée à la barre des témoins, l'ex-président de Mivela Construction a donné le ton à son interrogatoire : il a gagné sa vie honorablement et n'a rien à se reprocher, pas plus en ce qui concerne le fonctionnement de son entreprise que pour ses liens avec la famille Rizzuto.

Nicolo Milioto a bien reconnu qu'il avait fréquenté dans les années 2000 le café Consenza, quartier général du clan mafieux, mais il soutient qu'il n'y allait que pour jouer aux cartes, boire du café et saluer des connaissances, dont le défunt patriarche du clan Nicolo Rizzuto père.

S'il a été aperçu 236 fois dans ce café de Saint-Léonard lors de l'opération Colisée, a-t-il commenté, c'est qu'il passait souvent dans le coin pour faire des achats chez le boucher ou le pâtissier.

Lire aussi : Milioto, un nom souvent cité à la commission

L'entrepreneur nie tout lien d'affaires avec Nicolo Rizzuto père. Il savait ce que les médias disaient de lui, mais ne s'en souciait guère. « Pour moi, c'est un père de famille et c'est une bonne personne » a-t-il dit du chef mafieux qui a été assassiné par un tireur d'élite en novembre 2010.

Nicolo Milioto a dit n'avoir jamais entendu parler de l'imposition d'un « pizzo » au Canada. Cette taxe d'extorsion ne s'applique qu'en Italie, a-t-il allégué.

L'homme d'affaire a du coup démenti qu'il avait servi de relais entre des entrepreneurs pratiquant la collusion et le clan mafieux Rizzuto. Il a simplement admis avoir déjà rendu service à Lino Zambito d'Infrabec en remettant de l'argent en son nom à Nicolo Rizzuto père à peut-être cinq ou sept reprises.

Il a reconnu plus précisément qu'il avait reçu de l'argent de Lino Zambito lors d'une fête de Noël tenue au Consenza en décembre 2005, un fait qu'il ne pouvait nier, puisque la transaction avait été filmée lors de l'opération Colisée.

Nicolo Milioto a aussi soutenu qu'il pouvait aussi remettre de l'argent à Antonino Borsellino pour le financement de l'association Cattolica Eraclea, qu'il présidait.

Dans ces cas, a-t-il admis, il pouvait se servir de ses chaussettes comme d'une cachette.

L'ex-président de Mivela Construction avait affirmé plus tôt qu'il avait fait la connaissance de Nicolo Rizzuto père dans le village sicilien de Cattolica Eraclea, à l'âge de 10 ou 15 ans. Les deux hommes ont ensuite immigré au Canada chacun de son côté, mais ne se sont revus que vers 1990, selon Nicolo Milioto, à l'occasion d'un mariage.

Nicolo Milioto soutient cependant qu'il n'a pas recroisé le patriarche du clan mafieux entre 1990 et 2000. Il n'a renoué avec lui qu'à partir du moment où il s'est mis à fréquenter le café Consenza, réputé être le quartier général du clan Rizzuto.

Des liens qui remontent à Cattolica Eraclea

Nicolo Milioto avait entrepris son témoignage en racontant qu'il était arrivé au Canada à l'âge de 18 ans. Il a commencé par travailler dans des manufactures, avant d'être embauché comme journalier chez Catcan, une entreprise de construction dirigée à l'époque par Tony et Frank Catania.

Les frères Catania étaient également originaires de Cattolica Eraclea, a convenu le témoin, tout comme plusieurs autres entrepreneurs en construction de la région de Montréal, dont Joe Piazza, Domenico Cammalleri, Antonio Bentivegna et deux Giuseppe Borsellino (celui qui dirige Garnier et celui qui dirige BP Asphalte).

Après avoir travaillé pour un autre entrepreneur en construction, qui a fait faillite, Nicolo Milioto a fondé Mivela avec deux associés en 1989. L'entreprise s'est rapidement taillé une place dans le marché montréalais. Son chiffre d'affaires, qui a atteint 3 millions de dollars, a grossi jusqu'à environ 10 millions de dollars en 2009. Il est ensuite redescendu jusqu'à 7 ou 8 millions au cours des dernières années.

Nicolo Milioto dit avoir quitté Mivela en janvier 2012 par souci pour sa santé. Il soutient ne plus se mêler des affaires de Mivela depuis, même si son ex-associé, sa fille et ses gendres la dirigent.

Il a d'ailleurs précisé qu'il n'avait plus aucun actif à son nom. Sa maison et son immeuble à logements avaient déjà été transférés à sa femme après la création de Mivela, afin qu'ils ne soient pas saisis en cas de faillite.

L'entrepreneur n'a pas rencontré les procureurs avant le début de son témoignage, a précisé la procureure Lebel. Il a par contre discuté deux fois avec des enquêteurs de la commission, pendant 15 ou 30 minutes.