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19/02/2013 04:57 EST | Actualisé 21/04/2013 05:12 EDT

L'Unité permanente anticorruption débarque à l'hôtel de ville de Montréal

MONTRÉAL - Les occupants de l'hôtel de ville de Montréal ont dû quitter leurs bureaux précipitamment, mardi en fin d'après-midi, lorsque des dizaines de policiers sont débarqués dans le cadre d'une opération majeure de l'Unité permanente anticorruption (UPAC).

Six bureaux d'arrondissement ont également été le théâtre de perquisitions, dont celui de Côte-des-Neiges—Notre-Dame-de-Grâce, où le maire par intérim de Montréal, Michael Applebaum, a longtemps siégé, d'abord à titre de conseiller, puis à titre de maire d'arrondissement.

Selon ce qu'a appris La Presse Canadienne, les mairies d'Anjou, Lachine, Verdun, Saint-Laurent et Saint-Léonard ont également été visitées par l'UPAC. Ce sont tous des arrondissements dirigés par des maires élus sous la bannière d'Union Montréal aux dernières élections en 2009.

Les bureaux de cette formation politique, longtemps dirigée par l'ancien maire Gérald Tremblay, ont également été fouillés.

En tout, plus de 125 policiers ont participé à neuf perquisitions sur l'île de Montréal.

Lors d'un point de presse accordé par le maire en fin de soirée, tout juste en face de l'hôtel de ville, M. Applebaum a confirmé avoir été rencontré par les enquêteurs. «Je les ai accueillis dans mon bureau, je voulais les voir avant [le début de leur perquisition]», a-t-il indiqué.

Le maire a par ailleurs estimé qu'il était «normal» que l'opération de l'UPAC eut nécessité la participation de 125 policiers. «Je sais que lorsque l'on parle de 125 policiers, c'est un nombre impressionnant, mais lorsque l'on considère l'ensemble des lieux où ils doivent se rendre pour se procurer des informations, je trouve que c'est normal d'en avoir autant.»

Revenant sur sa rencontre avec les enquêteurs, M. Applebaum a précisé qu'il leur avait fourni des renseignements sur un dossier, dont il n'a pas voulu divulguer la teneur.

Disant à plusieurs reprises «ne pas vouloir entrer dans les détails» de l'enquête, il a également refusé de confirmer l'identité d'autres responsables d'Union Montréal qui auraient fait l'objet de l'attention des autorités. Il n'a pas non plus voulu commenter le fait que les perquisitions ont eu lieu dans des lieux se trouvant sous l'égide de son ancienne formation politique.

«Je ne veux pas nuire aux différentes enquêtes», a-t-il martelé.

M. Applebaum a de plus tenu à souligner qu'il n'avait «rien à se reprocher» en ce qui concerne le financement de sa campagne électorale de 2009. «Si l'UPAC veut venir me voir, ce sera un plaisir de (la) rencontrer», a déclaré le maire à plusieurs reprises, avant d'ajouter qu'il avait «répondu à toutes (ses) questions», sans donner plus de détails.

Il n'y aurait pas non plus eu de nouveaux contacts entre M. Applebaum, la première ministre Pauline Marois et le ministre des Affaires municipal Sylvain Gaudreault depuis l'arrivée des enquêteurs en après-midi, a affirmé le maire.

Ce dernier dit enfin ne pas regretter son passé (au sein d'Union Montréal), et dit désormais se tourner vers l'avenir pour penser «à sa carrière et à Montréal, pour mieux servir les citoyens».

Selon la porte-parole de l'UPAC, Anne-Frédérick Laurence, l'opération a été lancée à la suite d'une enquête ouverte en 2010 concernant «des allégations d'abus de confiance d'un fonctionnaire public, de fraude et de faux document».

Aucune arrestation n'a été effectuée, mais 25 témoins ont été rencontrés par les enquêteurs.

Selon nos informations, il s'agirait d'élus, d'anciens élus, de fonctionnaires et de fournisseurs de service.

Les occupants de l'hôtel de ville ont reçu l'ordre d'évacuer le bâtiment dans un courriel envoyé vers 16 h 20 par le président du conseil de Ville, Harout Chitilian.

«Suite à des circonstances exceptionnelles, nous vous demandons de libérer vos postes de travail et de quitter immédiatement l'hôtel de ville de Montréal», écrit-il, ajoutant que «cette mesure prévaut jusqu'à nouvel ordre».

Rencontrée à l'extérieur de l'hôtel de ville, la chef de Vision Montréal, Louise Harel, s'est montrée stupéfaite. «C'est certainement du jamais vu!», s'est-elle exclamée, ajoutant qu'à l'époque où elle occupait le poste de ministre des Affaires municipales, de 1998 à 2002, «il y a peut-être eu des perquisitions dans des villes, mais jamais dans une ville comme Montréal».

Le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron, a quant à lui appris la nouvelle alors qu'il s'apprêtait à rencontrer le maire Applebaum pour discuter du dossier des Mosaïcultures.

En point de presse quelques minutes après l'évacuation de l'hôtel de ville, M. Bergeron a réitéré sa confiance en l'UPAC, mais aussi en M. Applebaum, avec qui il collabore depuis quelques mois au sein du comité exécutif. «Je n'ai aucune raison, au stade actuel, de ne pas avoir confiance en Michael Applebaum», a-t-il déclaré.

L'UPAC et l'escouade Marteau avaient déjà frappé à Montréal le 17 mai dernier. Les policiers avaient effectué plusieurs arrestations dans le cadre de leur enquête sur le projet immobilier du Faubourg Contrecoeur. L'ancien président du comité exécutif Frank Zampino avait notamment été interpellé, de même que l'entrepreneur Paolo Catania, un ex-président de la Société d'habitation de Montréal, Martial Fillion, et un ex-organisateur politique d'Union Montréal, Bernard Trépanier.