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19/02/2013 04:36 EST | Actualisé 20/04/2013 05:12 EDT

Les services secrets israéliens sous une lumière crue aux Oscars

Mises en cause dans l'affaire du "prisonnier X", les toutes-puissantes agences de renseignement d'Israël sortent exceptionnellement de l'ombre pour se retrouver sous les projecteurs des Oscars avec "The Gatekeepers", un documentaire à la lumière crue et au ton amer.

Favori dans la catégorie du Meilleur documentaire, "The Gatekeepers (Israel Confidential)", co-production franco-israélienne, présente pour la première fois les témoignages de six anciens patrons du Shin Beth, le service de la sécurité intérieure, accusé d'être un maître ès basses oeuvres.

Avec une franchise inédite de la part d'ex-dirigeants du renseignement, et une introspection toute israélienne.

"C'est un film important", estimait récemment le journaliste et polémiste de gauche Gideon Levy, tout en reprochant au metteur en scène Dror Moreh d'"avoir rendu la vie un peu trop facile à ces types".

Les "Gardiens" -Avraham Shalom, directeur du "Shabak" (autre nom du Shin Beth) de 1980 à 1986, Yaakov Peri (1988-1994), Carmi Gillon (1994-1996), Ami Ayalon (1996-2000), Avi Dichter (2000-2005) et Youval Diskin (2005-2011)- lèvent un voile sur trois décennies de lutte antiterroriste.

Mais au bout de leurs récits, accompagnés d'images d'archives et de photos animées, il y a davantage de servitude que de grandeur.

Pourtant considérés comme des héros en Israël, tous partagent un sentiment d'échec face à la question palestinienne.

Echec illustré par l'anecdote de ces jeunes soldats qui après la victoire israélienne de 1967, ne parlant pas assez bien l'arabe, annoncent à des habitants palestiniens qu'ils sont venus les "castrer" quand ils voulaient dire "recenser".

Illustré aussi par la surprise du Shin Beth quand éclate la première Intifada le 9 décembre 1987, soulèvement qui embrase les Territoires occupés et qu'il n'avait pas vu venir malgré son appareil de répression et ses informateurs.

Les "Gardiens" confessent un certain aveuglement et un aveu d'impuissance devant l'extrémisme sioniste religieux qui conduira à l'assassinat de Yitzhak Rabin et à la défaite, peut-être définitive, du camp de la paix en Israël.

C'est sans doute le principal apport du film de Dror Moreh, déjà auteur d'un documentaire (positif) sur Ariel Sharon et pourfendeur de l'extrême droite: éclairer un radicalisme juif peu connu des spectateurs non israéliens.

"On a gagné toutes les batailles, mais on a perdu la guerre", résume Ami Ayalon, chargé de redorer le blason du Shin Beth discrédité au lendemain du meurtre du Premier ministre travailliste à l'issue d'un rassemblement pacifiste à Tel-Aviv le 4 novembre 1995.

Eux qui ont dirigé une guerre sale sans état d'âme, ils reconnaissent qu'elle ne peut apporter une solution au conflit israélo-palestinien et déplorent le manque de vision diplomatique de la classe politique israélienne.

Certains de leurs constats sont sans appel, comme le jugement accablant, sinon choquant, du vétéran Avraham Shalom qui compare in fine les forces d'occupation israéliennes à l'armée allemande pendant la Seconde Guerre mondiale.

Retournement de l'Histoire? Apparemment convaincus de l'immoralité d'une occupation brutale et qui dessert les intérêts à long terme d'Israël, nombre d'anciens soldats de l'ombre semblent virer leur cuti en partant à la retraite.

Le précédent chef du Shin Beth, Youval Diskin a mené l'an dernier une campagne féroce contre le Premier ministre de droite Benjamin Netanyahu et son ministre de la Défense Ehud Barak, les accusant de "tromper" les Israéliens sur l'Iran et de ne pas être à "un niveau suffisant" pour gérer une guerre contre Téhéran.

Ses critiques faisaient écho à celles de l'ancien patron du Mossad (le service de renseignement extérieur), Méir Dagan, et de l'ex-chef d'état-major, le général Gaby Ashkenazi.

Diskin fustige aussi le désintérêt de "Bibi" Netanyahu pour les négociations de paix avec les Palestiniens.

"Quand on quitte le Shin Beth, on devient un peu gauchiste", ironise à la fin du documentaire Yaakov Peri, élu récemment député du parti modéré Yesh Atid et ministre potentiel.

agr/jlr/sw