DIVERTISSEMENT
19/02/2013 09:11 EST | Actualisé 21/04/2013 05:12 EDT

Léane Labrèche-Dor et «Les muses orphelines»: se faire un prénom (ENTREVUE)

Maxime Coté

«Je sais que je suis un peu la flavour of the month, si on peut dire. Mais je l'accepte et je l'assume très bien! (rires)»

Au bout du fil, le ton est franc et la voix est rieuse. Fraîchement diplômée de l'École nationale de théâtre d'où elle a terminé ses études en mai dernier, Léane Labrèche-Dor s'impose peu à peu comme comédienne. On a notamment pu apprécier son talent dans la dernière saison de 30 vies, où elle était l'une des étudiantes de la classe d'Angie (Élise Guilbault). De plus, Léane montera bientôt sur les planches du Théâtre Jean Duceppe dans une nouvelle version des Muses orphelines, de Michel Marc Bouchard.

Or, en plus de son talent et de son indéniable charisme, Léane détient dans sa manche une carte qui fait que, spontanément, les regards se tournent déjà vers elle. Bon sang ne saurait mentir; la jeune adulte est la fille d'un acteur et animateur chouchou des Québécois, Marc Labrèche pour ne pas le nommer. Évidemment, lorsqu'elle se trouve devant un journaliste, les comparaisons avec son papa reviennent inévitablement sur le tapis. Mais la nouvelle venue ne s'en formalise pas outre mesure et prend la chose avec un grain de sel, sourire amusé aux lèvres.

«Un jour, les gens ne m'en parleront plus», laisse-t-elle tomber avec philosophie. «Dans trois ou quatre ans, tout le monde va le savoir et il n'y aura plus rien à dire. Mais, pour l'instant, on en parle. Ceci dit, ça commence â être un peu moins un scoop! (rires)»

«Mentalement, je travaille fort pour me détacher de mon père», poursuit-elle. «Par contre, j'ai un avantage incroyable, qui est mon sexe. Je pense que ça aurait été beaucoup plus difficile si j'avais été un garçon. Parce que je lui ressemble beaucoup. Et à date, je suis choyée en ce sens que, dans les dernières années, il a surtout fait de l'animation et des sketchs et moi, je ne suis pas du tout dans cette veine-là. Le destin et mon agent m'ont gâtée en me donnant des rôles dramatiques (rires). En même temps, je sais que ça me donne une visibilité qui n'est pas donnée à tout le monde qui sort des écoles.»

Comme plusieurs autres enfants d'artistes avant elle Léane a éprouvé le réflexe, à l'adolescence, de vouloir s'éloigner de la tradition familiale - Gaétan, le père de Marc, était aussi acteur - et d'orienter sa carrière dans un tout autre domaine que le spectacle. Mais la passion du jeu coulant probablement dans les veines des Labrèche de génération en génération, la jeune femme a mis ses scrupules de côté et s'est laissé attirer par la lumière des projecteurs.

«La première fois que j'ai fait une pièce, j'ai eu la piqûre», se remémore-t-elle. «Mais, longtemps, ça ne m'a pas tenté de faire ça. Tout le monde me demandait si j'allais faire comme mon père, et je grognais que non. Comme n'importe quel adolescent peut se rebeller contre ses parents.»

Aujourd'hui, l'étoile montante compose à merveille avec son bagage héréditaire et le défend bec et ongles, à un tel point qu'il était hors de question pour elle de modifier son nom pour marquer une coupure avec ses aînés.

«Labrèche-Dor, c'est mon vrai nom», précise-t-elle. «C'était comme ça à la naissance. Je n'ai rien enlevé ou ajouté. Et je trouve ça important. J'aime mes deux familles, autant mon père que ma mère. Et même si j'enlevais le Labrèche de mon nom, on le verrait quand même dans ma face! (rires) ce serait juste un statement que je ne veux pas faire.»

Un défi stressant

Du 20 février au 30 mars prochain, Léane Labrèche-Dor sera de la pièce Les muses orphelines, un classique d'ici présenté plus de 120 fois à travers le monde et porté au grand écran en 2000 sous la direction du réalisateur Robert Favreau. Elle y interprétera Isabelle, une jeune déficiente, cadette d'un clan dysfonctionnel dont la mère a levé les voiles il y a plusieurs années. Ayant toujours été surprotégée par son frère et ses sœurs qui lui ont fait croire que leur maman était morte, Isabelle comprendra qu'elle a été bernée le jour où un étranger lui dévoilera la vérité. Elle orchestrera alors un subterfuge qui, au terme du récit, l'amènera à voler de ses propres ailes.

«C'est un honneur et un stress de jouer cette histoire», s'emballe Léane en laissant échapper un rire nerveux. «Il y a une espèce de mythe autour de ces personnages-là. Et ils ont été tellement bien joués au Québec que je veux être à la hauteur!»

La comédienne parle avec beaucoup d'affection de son personnage, qui était incarné par Fanny Mallette dans l'adaptation cinématographique.

«Elle accuse un léger retard psychologique et il y a un dosage intéressant à faire, dans le sens où elle n'est pas trop déficiente, mais elle n'est pas complètement normale non plus», illustre l'actrice. «Isabelle est une jeune fille qui s'émancipe et se libère dans le Québec des années 1960.»

«Elle monte son plan comme un traquenard», ajoute-t-elle. «Elle fait semblant que sa mère prépare son retour. Elle monte un scénario pas possible, mais elle le fait dans la sincérité parce qu'elle ressent réellement une oppression. Et, au final, elle arrive avec une espèce de punch

Sur scène, Léane sera entourée d'une «distribution de feu», comme elle le dit si bien elle-même, avec des partenaires comme Maxime Denommée, Macha Limonchik et Nathalie Mallette: des gens, dit-elle, qui l'intimidaient au départ, mais qui sont «tellement bienveillants» et qui lui servent de guides dans cette excitante aventure. Car, si elle a connu l'ivresse de jouer devant un public l'été dernier avec le Théâtre la Roulotte, la belle en est à sa première expérience sur les planches professionnelles... et espère bien qu'il ne s'agit là que d'un commencement.

«Moi, je veux jouer, tout simplement», espère-t-elle à voix haute. «Je veux travailler et faire ce que j'aime. Que ce soit des rôles comiques, dramatiques, de tragédienne ou de vaudeville... C'est toujours le fun à faire!»

Les muses orphelines dans une mise en scène de Martine Beaulne: du 20 février au 30 mars au Théâtre Jean Duceppe. Pour plus d'informations: www.duceppe.com.