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19/02/2013 12:08 EST | Actualisé 21/04/2013 05:12 EDT

Laurent Gbagbo devant les juges de la CPI pour crimes contre l'humanité

AFP

L'ancien président ivoirien Laurent Gbagbo, soupçonné d'avoir fomenté un "plan" de meurtres et de viols pour s'accrocher au pouvoir, a comparu mardi devant la CPI, sous le coup de soupçons pour crimes contre l'humanité.

"Je voudrais souligner que cette audience n'est pas un procès, cette chambre ne doit pas appeler à se prononcer sur la culpabilité ou l'innocence de M. Gbagbo", a déclaré en français la juge présidant la chambre préliminaire, Silvia Fernandez de Gurmendi, en ouvrant cette audience de confirmation des charges.

Premier ex-chef d'Etat remis à la CPI, Laurent Gbagbo, 67 ans, est soupçonné d'être "co-auteur indirect" de quatre chefs de crimes contre l'humanité, à savoir meurtres, viols, persécutions et autres actes inhumains, commis pendant les violences postélectorales de 2010-2011.

La défense a par ailleurs contesté la recevabilité de l'affaire devant la Cour, assurant que l'affaire contre M. Gbagbo devrait être jugée en Côte d'Ivoire, avec celles de son épouse Simone, également sous le coup d'un mandat d'arrêt de la CPI, et de l'un de ses proches, Charles Blé Goudé, inculpé récemment de "crimes de guerre" en Côte d'Ivoire.

Le gouvernement ivoirien n'a pas donné de réponse officielle à la demande de la CPI de lui remettre Simone Gbagbo.

A l'ouverture de l'audience à 14h30 (13h30 GMT), Laurent Gbagbo a salué les journalistes et ses partisans présents dans la galerie du public.

Vêtu d'un costume bleu foncé, d'une chemise et d'une cravate bleu clair, l'ancien président, assis derrière les avocats de la défense, à gauche de la salle d'audience, affichait une bonne mine.

Cette audience avait été reportée à deux reprises, notamment afin d'évaluer la santé de l'ancien président et sa capacité à assister aux audiences. L'horaire a été adapté, et les audiences se dérouleront uniquement l'après-midi, entrecoupées par des pauses toutes les heures.

Laurent Gbagbo avait refusé de reconnaître la victoire électorale le 28 novembre 2010 de son rival Alassane Ouattara, certifiée par l'ONU.

Ce refus de quitter son poste après 10 ans au pouvoir a plongé la Côte d'Ivoire dans une violente crise longue de quatre mois qui a coûté la vie à près de 3.000 personnes.

Cette audience de confirmation des charges, qui devrait se conclure le 28 février par une déclaration de M. Gbagbo, doit permettre aux juges d'examiner si les éléments de preuves rassemblés par l'accusation sont suffisamment solides pour permettre, plus tard, la tenue d'un procès.

Entre 300 et 400 personnes ont manifesté peu avant l'ouverture de l'audience devant le bâtiment de la Cour à La Haye pour soutenir Laurent Gbagbo. Arborant des chapeaux orange, des perruques et des drapeaux aux couleurs ivoiriennes, ils ont chanté "Libérez le président Gbagbo" en présence de nombreux agents de police néerlandais.

Selon l'accusation, les attaques commises par des forces pro-Gbagbo entre le 16 décembre 2010 et le 12 avril 2011 "revêtaient un caractère généralisé et systématique" et étaient dirigées "contre des communautés ethniques ou religieuses spécifiques".

"Des centaines d'adversaires civils ont été attaqués, pillés, blessés ou victimes de viols en conséquence de cette politique", affirme l'accusation dans son document de notification des charges.

Après ces débats sur l'admissibilité de l'affaire devant la Cour, le procureur Fatou Bensouda devait entamer sa déclaration liminaire à 18h00 (17h00 GMT).

Dans les jours qui suivent, après la présentation des arguments et des éléments de preuves rassemblés par le procureur, la défense de M. Gbagbo et son avocat, Emmanuel Altit, pourront eux aussi présenter leurs éléments de preuves et leurs arguments.

Laurent Gbagbo a été arrêté le 11 avril 2011 avec son épouse Simone, après avoir tenu tête jusque dans son "bunker" au sous-sol de sa résidence d'Abidjan, sous le feu des forces armées françaises.

En Côte d'Ivoire, l'audience était attendue par les partisans du régime Ouattara comme par les fidèles de l'ancien président, d'autant qu'elle repose la cruciale question des rapports entre justice et réconciliation.

Selon la conseillère pour la justice internationale au sein de Human Rights Watch, Param-Preet Singh, la détention de Gbagbo est une "étape critique pour les victimes en Côte d'Ivoire".

"Mais le lent avancement des enquêtes au sujet des forces pro-Ouattara nourrissent le sentiment que la CPI est du côté d'une justice des vainqueurs", a-t-elle ajouté dans un communiqué.

Une vingtaine de figures du régime déchu sont détenues dans le nord du pays et poursuivies par la justice ivoirienne pour génocide, crimes de sang, atteinte à la sûreté de l'Etat et/ou infractions économiques.

La CPI est le premier tribunal pénal international permanent chargé de juger les auteurs de génocide, crimes contre l'humanité et crimes de guerre.

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