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19/02/2013 06:11 EST | Actualisé 21/04/2013 05:12 EDT

La Tunisie, paralysée par la crise politique, sans solution en vue

Le Premier ministre tunisien engage mardi de nouvelles démarches pour former un cabinet, après l'échec de son projet de gouvernement apolitique, torpillé par son parti islamiste, au moment où aucun compromis ne s'est dessiné pour sortir le pays d'une profonde crise politique.

Le Premier ministre Hamadi Jebali doit rencontrer le président Moncef Marzouki peu après 15H00 GMT. Des consultations avec plusieurs partis doivent aussi avoir lieu à la présidence.

Les médias tunisiens spéculaient sur une éventuelle démission du chef du gouvernement, qui a renoncé lundi à former un cabinet apolitique tout en évoquant des pourparlers sur une nouvelle équipe gouvernementale.

L'objectif affiché reste de pacifier une situation électrique depuis l'assassinat le 6 février de l'opposant anti-islamiste Chokri Belaïd, de créer les conditions pour l'organisation d'élections et pour que l'Assemblée nationale constituante (ANC) sorte enfin de son impasse sur la rédaction de la Constitution.

Si la quinzaine de partis présents aux pourparlers de lundi ont indiqué être prêts à un gouvernement mixte alliant technocrates et politiques, les lignes de fracture restent profondes.

Ainsi, l'essentiel de l'opposition et les alliés laïques des islamistes d'Ennahda insistent pour que les ministères régaliens soient confiés à des indépendants. Ennahda, la principale force politique du pays, reste réticente sur ce point.

Par ailleurs, le parti du président Marzouki, le Congrès pour la République, semble au bord de l'implosion, avec les démissions en série de députés. Ses trois ministres ont fait savoir mardi qu'ils refusaient de travailler sous tout gouvernement dirigé par M. Jebali.

"Les trois ministres n'appartiendront à aucun gouvernement formé par M. Jebali, notre expérience avec lui n'a pas été concluante", a déclaré à la radio Shems-Fm, Abdelwahab Maâter, ministre de l'Emploi.

Le chef du gouvernement, un modéré au sein d'Ennahda, ressort affaibli des deux semaines de crise, ayant perdu son bras de fer avec les durs de son parti qui ont tué dans l'oeuf son projet cabinet de technocrates.

Un haut responsable gouvernemental a ainsi confié à l'AFP que l'imbroglio "paralyse le fonctionnement du gouvernement". "Tout est bloqué. Le problème c'est que plus personne ne réfléchit à l'intérêt général mais seulement aux intérêts particuliers", a-t-il dit.

Aucun calendrier ne semble se dessiner, alors que les frustrations économico-sociales dégénérant régulièrement en violences déstabilisent la Tunisie, le chômage et la misère ayant déjà été au coeur de la révolution qui a renversé Zine El Abidine Ben Ali en janvier 2011.

Deux semaines après le meurtre de Chokri Belaïd, aucune information n'a été donnée sur l'état de l'enquête, le porte-parole du ministère de l'Intérieur, Khaled Tarrouche, se bornant à dire qu'elle avançait "sérieusement". Les proches du défunt accusent Ennahda de ce crime, ce que les islamistes démentent.

Des éditorialistes brocardaient dans ce contexte une classe politique incapable de résoudre les vrais problèmes du pays.

"Les tiraillements autour des ministères régaliens continuent alors que la souveraineté du pays est en jeu, avec des frontières violées et des armes aux mains de milices défiant la loi, ce qui met le pays au bord de l'explosion", déplore le journal Essabah.

Il fait référence d'une part au grand sud tunisien où le trafic d'armes transnational bénéficiant aux jihadistes est en plein essor selon les autorités, et d'autre part à la Ligue de protection de la révolution, sorte de milice pro-pouvoir accusée de violences contre l'opposition.

"Il n'y a pas de mots assez forts et durs pour stigmatiser l'irresponsabilité de nos gouvernants qui mènent le pays à la ruine", s'insurge aussi Le Quotidien.

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