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19/02/2013 04:36 EST | Actualisé 20/04/2013 05:12 EDT

Irak: le groupe d'activistes iranien des Moudjahidine du Peuple indésirable

Les Moudjahidine du Peuple, activistes iraniens en exil, ont beau eu passer des listes noires du terrorisme aux bonnes grâces de la communauté internationale, ils sont indésirables en Irak, où ils ont été attaqués récemment, et Bagdad veut s'en débarrasser.

Le 9 février, des obus de mortier et des roquettes se sont abattus sur Camp Liberty, une ancienne base militaire américaine proche de Bagdad qui abrite 3.000 membres de l'Organisation des moudjahidine du peuple iranien (OMPI). Sept personnes avaient été tuées, selon l'OMPI.

Cette attaque a été condamnée par l'ONU et les Etats-Unis. Mais les autorités irakiennes ont hâte de voir le groupe, devenu encombrant en raison de son opposition au pouvoir iranien et de ses liens avec le défunt dictateur Saddam Hussein, quitter l'Irak où il s'est installé il y a un quart de siècle.

La présence des Moudjahidine en Irak "est illégale et illégitime", a affirmé à l'AFP Ali Moussaoui, porte-parole du Premier ministre Nouri al-Maliki.

Selon l'analyste politique irakien Ihsan al-Chammari, "la nature de la relation entre les responsables politiques chiites (irakiens NDLR) et l'Iran" chiite voisin, explique la réticence de Bagdad à continuer d'abriter le groupe d'opposants iraniens.

M. Shammari a également évoqué d'autres facteurs, tels que les liens entre l'OMPI et le président sunnite Saddam Hussein, renversé en 2003, qui avait opprimé la communauté chiite, majoritaire en Irak et revenue au pouvoir depuis.

Saddam avait autorisé les Moudjahidine du peuple à créer une base baptisée Camp Achraf, au nord-est de Bagdad, après le début de la guerre Iran-Irak (1980-88), au cours de laquelle ce mouvement a combattu aux côtés des troupes irakiennes.

Selon le Département d'Etat américain, le dictateur avait fourni aux Moudjahidine "des armes lourdes, et déployé des milliers de combattants (de l'OMPI) pour des attaques suicide en série, contre les forces iraniennes" à la fin de la guerre.

Les Moudjahidine sont également soupçonnés d'avoir participé à la violente répression en 1991 par le régime de Saddam Hussein de soulèvements kurdes et chiites.

"L'ancien régime a utilisé (l'OMPI) pour mettre en oeuvre la répression" en Irak, explique le Dr Adnane al-Saraj, auteur de livres sur le mouvement.

Saddam a donné aux Moudjahidine quatre bases en Irak, des locaux dans le centre de Bagdad, et d'autres faveurs, dont des passeports irakiens et de l'essence gratuite, indique M. Saraj.

Depuis, presque tous les Moudjahidine du Peuple en Irak ont quitté non sans mal le camp Achraf, leur dernière base, pour le Camp Liberty, censé être un lieu de transit avant un transfert hors d'Irak sous la houlette de l'ONU.

Mais après l'attaque, les opposants iraniens ont critiqué la lenteur de ce processus, qui traîne en longueur car peu de pays ont présenté une offre concrète d'hébergement.

Les Moudjahidine ont accusé Bagdad de les expulser d'Achraf sur ordre de Téhéran.

Ils déplorent leurs conditions de vie à Camp Liberty, critiquant l'ONU pour avoir estimé que ce camp répondait aux normes humanitaires.

Indésirable en Irak, l'OMPI a pourtant obtenu récemment d'importantes avancées en terme de reconnaissance internationale.

Les Moudjahidine du peuple, fondés en 1965 avec pour objectif de renverser le régime du Chah puis le régime islamique, ont fait pression avec succès pour ne plus être considérés comme des terroristes.

L'OMPI affirme avoir renoncé à la violence en 2001. Le mouvement pilonne désormais les médias à coups de communiqués, et s'est assuré le soutien de politiciens et dirigeants occidentaux connus.

La façon dont Washington a condamné l'attaque contre Camp Liberty, la qualifiant de "tragédie", en dit long sur l'évolution du statut des Moudjahidine du Peuple, qui étaient sur la liste noire des organisations terroristes de Washington jusqu'en 2012, et sur celle de l'Union européenne jusqu'en 2009.

Une telle reconnaissance internationale n'empêche pas les Moudjahidine de rester marginalisés au sein même de l'opposition iranienne.

"Ils sont largement considérés comme une secte arriérée et intolérante par les autres mouvements d'opposition en Iran" souligne un universitaire iranien, Karim Sadjadpour, du centre Carnegie.

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