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19/02/2013 10:50 EST | Actualisé 21/04/2013 05:12 EDT

Ici, Chez soi, de l'ONF: Paul, avec Dieu (VIDÉO)

La vraie terreur, Paul l'a connue. Il y a 25 ans, trois hommes entrent dans sa maison, l’agressent sexuellement et le laissent pour mort. Il parvient à téléphoner à un voisin, après avoir écrit le nom de ses assaillants avec son sang sur le réfrigérateur. Cet appel lui a sauvé la vie.

Ici, Chez soi est un documentaire Web de l’ONF dans les coulisses de Chez soi, une grande enquête de la Commission de la santé mentale du Canada pour stopper l’itinérance chronique. Le concept? Donner un toit aux sans-abri.

Paul a été traumatisé par cette agression. Après cette nuit marquante, sa santé mentale n'a pas tenu le coup. Encore aujourd'hui, il doit prendre des antipsychotiques pour garder le cap. Comme de nombreux participants au projet Chez Soi, Paul a souffert d'un trouble de stress post-traumatique qui l'a placé en mode survie durant de nombreuses années. Difficile de travailler, de subvenir à ses besoins et de se loger quand on replonge fréquemment dans une angoisse paralysante.

Dans le film Le survivant, il raconte son histoire à la réalisatrice Louiselle Noël, correspondante du documentaire Web Ici, Chez Soi à Moncton. Dans son témoignage, on imagine toute la violence et la détresse de cette nuit où sa vie a basculé. La peur, la honte, l'isolement : les émotions complexes vécues à la suite de son agression ont altéré à jamais son goût pour la vie. Pendant plus de 20 ans, après cette nuit d’enfer, une immense tempête intérieure l'a empêché de fonctionner.

Au moment de recruter des participants pour Chez Soi à Moncton et en périphérie, Paul satisfaisait aux critères : aux prises avec des problèmes de santé mentale, il n'avait pas de logement à lui. Sélectionné au hasard pour recevoir un toit et des services, il a pu se reconstruire et il connait aujourd'hui la tranquillité.

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Croire pour vivre

C'est un homme tranquille qui a accepté d'être filmé pour le documentaire Web Ici, Chez soi. Logé, il doit prendre soin de sa santé physique et mentale. Il a eu 65 ans quelques temps après le tournage.

Paul a la foi : il croit en Dieu. La Bible et la prière l'aident à traverser les journées. Pour nous aider à comprendre le lien qui existe entre souffrance humaine, santé mentale et religion, nous avons présenté l'histoire de Paul à Pierre A. Richard, intervenant en spiritualité à l'Hôpital Louis-H. Lafontaine, un hôpital psychiatrique.

« La spiritualité semble être un moyen pour Paul de vivre avec la solitude que nous portons tous en nous. Même si on traite la maladie mentale et physique, il manque parfois un morceau au casse-tête pour vivre en équilibre. La spiritualité joue ce rôle dans sa vie », affirme Pierre, spécialiste des religions.

« La religion permet de revenir à l'essentiel. L'origine latine du mot est d'ailleurs double : religare et religere, des verbes qui signifient relier et relire. Dans le cas de Paul, la présence de Dieu dans sa vie semble lui permettre de relire sa vie. Ce qu'il a vécu est personnel et, en même temps, c'est universel : on veut tous comprendre ce qui nous relie aux autres, à l'univers et à l'intérieur de nous. »

Il est intéressant de comparer l'histoire de Paul avec celles d'autres participants de Chez Soi. Leanne, à Vancouver, a aussi été agressée violemment. Elle raconte à la caméra qu'elle s'est tournée vers la consommation de drogue pour endormir la douleur de vivre. Pour Robert, à Winnipeg, le simple fait d'être enfin logé dans son propre appartement semble lui procurer la paix d'esprit nécessaire pour continuer à vivre.

Seul et connecté

La solitude de Paul, tragique après son agression, est directement liée à son histoire personnelle. Il s'est probablement tourné vers la foi chrétienne pour calmer cette douleur, car c'est la culture religieuse qu'il connait le mieux. « Nous avons tous besoin de repères. S'il vivait en Inde, il aurait d'autres repères. Le christianisme est d'ailleurs porteur d'un message d'espoir pour les gens qui souffrent, les pauvres et les démunis », rappelle Pierre. Les passages lus par Paul dans le film nous ramènent d'ailleurs à l'espoir et à l'amour qu'il a trouvé dans la Bible.

La ferveur religieuse de Paul a de quoi surprendre dans notre époque séculière et connectée... à la technologie. Pour Pierre, les catégories religieuses et les diagnostics ne nous différencient pas tant que ça. « La présence intérieure ressentie par Paul est incontournable dans l'expérience humaine. Elle émerge de la solitude qu'on ressent tous, à un moment ou l'autre de notre vie. La santé mentale n'a pas grand-chose à avoir là-dedans. Nous sommes tous des êtres humains, et c'est dans notre nature de 'relire' notre vie et d'être 'reliés' à quelque chose qui nous dépasse. »