NOUVELLES
18/02/2013 03:10 EST | Actualisé 19/04/2013 05:12 EDT

Vent de protestation au Pakistan pour réclamer la fin des tueries de chiites

Les mouvements de protestations et de grèves se multipliaient lundi au Pakistan pour réclamer aux autorités des mesures fortes contre les auteurs d'un nouvel attentat ciblant la minorité musulmane chiite fatal à plus de 80 personnes ce week-end.

Des rassemblements en solidarité aux victimes de l'attentat de Quetta (sud-ouest) avaient déjà eu lieu dimanche dans la métropole économique Karachi (sud), la capitale culturelle Lahore (est) et la première ville de la partie du Cachemire administrée par le Pakistan, Muzaffarabad (est).

La contestation s'est intensifiée lundi à Karachi, monstre urbain de 18 millions d'habitants également en proie à des violences intercommunautaires, qui tournait au ralenti avec des écoles et des commerces fermés et des convoyeurs à l'arrêt.

A Quetta, capitale de la très instable province du Baloutchistan, plus de 4.000 chiites ont poursuivi un sit-in, refusant de porter en terre les cercueils des victimes, un geste d'une forte puissance symbolique dans le monde musulman où les défunts doivent être enterrés le jour même ou le lendemain.

La police locale a d'ailleurs tenté en vain de convaincre les manifestants d'inhumer les victimes de l'attentat à la bombe perpétré dans un marché de "Hazara Town", une ville en banlieue de Quetta où vivent des chiites de l'ethnie hazara, aussi présente en Afghanistan et en Iran.

"Nous allons enterrer nos morts seulement lorsqu'une opération ciblée sera lancée" contre les auteurs de ce nouvel attentat, a toutefois répliqué Qayyum Changezi, chef d'un parti chiite local.

Des chiites équipés d'armes automatiques et de fusils quadrillaient lundi le quartier de "Hazara town", selon un journaliste de l'AFP sur place, alors que les manifestations s'étendaient à d'autres villes du pays.

Cet attentat a été revendiqué par le Lashkar-e-Jhangvi (LeJ), un groupe armé anti-chiite fondé au milieu des années 90 et dont le nom fait référence au mollah Haq Nawaz Jhangvi, défunte éminence grise du Sipah-e-Sahaba (SSP), un groupe radical créé dans les années 80 afin de contrer l'influence de la révolution iranienne au Pakistan.

Le LeJ, qui a fait allégeance à Al-Qaïda, avait aussi revendiqué l'attentat le plus meurtrier de l'histoire du Pakistan contre la minorité chiite, perpétré le 10 janvier, également à Quetta. "Les autorités avaient promis de prendre des mesures après les attentats du 10 janvier, mais elles n'ont rien fait", a tancé Amin Shaheedi, vice-président d'une petite formation chiite.

"Les terroristes circulent librement et personne ne nous protège", a-t-il ajouté, en référence notamment à Malik Ishaq, le chef des opérations armées du Lashkar-e-Jhangvi libéré en juillet 2011 par les autorités après 14 années de prison.

Selon l'organisation Human Rights Watch (HRW), plus de 400 chiites ont été tués au Pakistan en 2012, "l'année la plus sanglante" pour cette communauté dans l'histoire de ce pays.

Mais la recrudescence des violences contre les chiites, qui ont fait près de 200 morts depuis début janvier, fait craindre une année 2013 encore plus meurtrière pour cette minorité qui constitue environ 20% de la population du Pakistan, pays majoritairement sunnite de plus de 180 millions d'habitants.

Plusieurs journaux pakistanais accusaient lundi le gouvernement, mais aussi les puissants services de renseignement et les forces de sécurité, de ne rien faire pour protéger les minorités et traquer les auteurs des attentats à l'approche d'élections nationales prévues d'ici la mi-mai.

Cinq personnes ont par ailleurs été tuées dans une attaque lundi contre le bureau d'un haut responsable politique à Peshawar, grande ville du nord-ouest, près de zones tribales considérées comme un repaire pour des groupes islamistes armés.

mak-jaf/gl/bbc