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18/02/2013 05:54 EST | Actualisé 20/04/2013 05:12 EDT

Syrie : il est temps de mettre en route la justice internationale (Carla del Ponte)

Il est temps de "mettre en route la justice" internationale, a déclaré lundi à Genève Mme Carla del Ponte, membre de la commission d'enquête indépendante de l'ONU sur les violences en Syrie, à propos des crimes de guerre commis dans le pays.

"Il est temps de céder la place à la justice, nous suggérons la Cour pénale internationale", a déclaré Mme del Ponte, en présentant un nouveau rapport de la commission d'enquête de l'ONU dénonçant l'escalade de la violence et des crimes de guerre commis par tous les protagonistes de la guerre civile en Syrie.

"Nous ne pouvons pas décider nous mêmes de saisir la justice internationale, mais nous faisons pression sur la communauté internationale pour qu'elle agisse", a ajouté Mme del Ponte au cours d'une conférence de presse.

"Il est temps de réagir, il est incroyable que le Conseil de sécurité de l'ONU n'ait pris aucune décision" depuis deux ans, a-t-elle poursuivi.

De son côté, le président de la commission d'enquête de l'ONU, M. Paulo Pinheiro, a rappelé lors d'une intervention téléphonique durant la conférence de presse que la commission "n'est pas un organe de justice". "Nous collectons l'information des deux côtés, et nous ne faisons aucune différence entre les parties au conflit", a expliqué le Brésilien.

Mme del Ponte a par ailleurs rappelé que la commission avait dressé une liste, gardée secrète, des responsables de crimes de guerre en Syrie. "Nous sommes capables d'identifier les auteurs de haut-rang de ces crimes, ceux qui décident, organisent et planifient", mais cette liste, destinée aux autorités judiciaires, reste "secrète, car c'est au tribunal de lancer sur cette base des enquêtes formelles, et de rédiger des actes d'accusation", a-t-elle dit.

Selon le nouveau rapport de la Commission d'enquête, créée en 2011 et qui n'a jamais pu se rendre en Syrie, le pays est désormais pris dans une spirale de violences qui ne cesse de s'aggraver.

"Nous avons demandé à venir en Syrie, mais nous n'avons pas eu de réponse, ce n'est même pas +oui+ ou +non+", a ajouté Mme del Ponte. La Suissesse, une magistrate de haut-rang, a été procureur du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) de 1999 à 2007. Elle est membre de la commission d'enquête de l'ONU depuis septembre 2012.

Selon elle, il est encore plus important pour la commission d'aller en Syrie aujourd'hui qu'il y a quelque mois, car elle veut enquêter sur place sur les crimes de guerre commis par les rebelles.

"C'est plus facile d'enquêter depuis l'étranger sur les crimes commis par les forces gouvernementales, en revanche, pour les crimes commis par les rebelles, c'est plus aisé d'enquêter dans le pays, où sont restées la plupart du temps les victimes", a-t-elle déclaré.

De son côté, M. Pinheiro a répété que les crimes commis par les rebelles étaient d'un degré moindre que ceux commis par les forces gouvernementales.

La guerre civile en Syrie a fait plus de 70.000 victimes, selon l'ONU.

mnb/ahu