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18/02/2013 05:20 EST | Actualisé 20/04/2013 05:12 EDT

Nouveau rapport accablant de l'ONU dénonçant les crimes de guerre en Syrie

L'impact du conflit syrien pourrait s'étendre sur des générations, et miner la sécurité dans tout le Moyen-Orient, a averti lundi une commission d'enquête de l'ONU sur les violences en Syrie, accusant les deux principaux protagonistes de crimes de guerre.

"La profondeur de la tragédie syrienne se reflète de manière poignante dans le nombre de ses victimes. Les expériences atroces relatées par les survivants font état de violations graves des droits humains, de crimes de guerre, et de crimes contre l'humanité", a indiqué le rapport de 131 pages d'une commission d'enquête internationale et indépendante de l'ONU.

"La dynamique destructrice de la guerre civile n'a pas seulement des effets sur la population civile, mais réduit également à néant toute la structure sociale complexe du pays, elle met en danger les générations futures et menace la paix et la sécurité dans toute la région", avertit le rapport.

Créée en 2011 par le Conseil des droits de l'homme de l'ONU, la commission comprend plusieurs membres, dont l'ancienne procureur du Tribunal pénal international, Mme Carla del Ponte.

La Commission n'a jamais pu se rendre en Syrie, où le régime du président Bachar al-Assad est confronté à une guerre civile depuis mars 2011, qui a déjà fait 70.000 victimes selon des estimations de l'ONU.

Dans un premier rapport, publié en août 2012, sur la base de plus de 1.000 interviews d'auteurs et de victimes, la commission a accusé les deux parties de crimes de guerre, tout en reconnaissant une responsabilité amoindrie pour les rebelles.

Dans ce nouveau rapport, basé sur presque 450 interviews, la commission indique que la situation s'est aggravée, dans une spirale de violence.

"La situation des droits humains en Syrie a continué à se détériorer", indique le rapport, "le conflit est devenu de plus en plus sectaire, avec une conduite des opérations de plus en plus radicale et militarisée".

La plupart des rebelles combattant le régime sont des musulmans sunnites, alors que les détenteurs du pouvoir et leurs plus fervents supporters sont des membres de la communauté alaouite, une ramification de l'islam chiite.

"Les forces gouvernementales ainsi que les milices alliées ont commis des crimes contre l'humanité, des meurtres, des actes de torture, des viols, et sont responsables de disparitions forcées et d'autres actes inhumains", précise le rapport.

La commission a fustigé de la même manière les rebelles.

"Les groupes armés anti-gouvernementaux ont commis des crimes de guerre, y compris des meurtres, des actes de torture, des prises d'otage, et des attaques de biens protégés. Ils continuent à mettre en danger les populations civiles, en ciblant des objectifs militaires au milieu de zones civiles", ajoute le rapport.

"Lorsque des groupes armés bombardent des régions principalement civiles, ils répandent la terreur, et cela équivaut à des crimes de guerre", estime le rapport.

"Les deux parties du conflit ont violé les règles internationales de droits des enfants en les utilisant comme des fantassins", poursuit-il.

Le rapport souligne encore que le camp gouvernemental reste le principal responsable de ces atrocités.

"Les violations et abus commis par les groupes armés anti-gouvernementaux n'ont pas atteint l'intensité et l'échelle de ceux commis par les forces gouvernementales et les milices affiliées", indique le rapport.

Le mandat actuel de la commission d'enquête se termine le mois prochain, avec la remise prévue à la Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'homme, Navanethem Pillay, d'une liste confidentielle de noms d'individus et d'unités considérés comme responsables de ces atrocités, afin de pouvoir déclencher la machine judiciaire internationale.

"Trouver les responsables des deux côtés pour tous les crimes est impératif", déclare le rapport, demandant instamment à la communauté internationale de rester vigilante.

"La quête pour la paix et la justice est une responsabilité partagée à tous les niveaux, national, régional et international", ajoute le rapport.

"Il n'y a aucune solution militaire au conflit. Une cessation durable des hostilités reste d'une importance primordiale pour mettre fin à la violence et aux graves violations des droits humains", insiste le rapport.

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