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18/02/2013 05:20 EST | Actualisé 20/04/2013 05:12 EDT

L'imbroglio politique tunisien se poursuit, le Premier ministre consulte

Le Premier ministre tunisien Hamadi Jebali a repris lundi les tractations avec les partis politiques pour tenter de former un cabinet de technocrates et sortir d'une crise profonde, une initiative qui a pris du plomb dans l'aile avec l'opposition de son mouvement islamiste Ennahda.

M. Jebali a débuté sa réunion avec les dirigeants de partis peu après 16H00 locales (15H00 GMT) à Carthage, en banlieue de Tunis.

Le chef d'Ennahda, Rached Ghannouchi, le président de l'Assemblée nationale constituante (ANC) et dirigeant du parti Ettakatol, Mustapha Ben Jaafar, les opposants Maya Jribi, Ahmed Nejib Chebbi (Parti républicain) et Béji Caïd Essebsi (Nidaa Tounès) étaient présents.

Ces négociations avaient été décidées vendredi par M. Jebali qui avait alors reporté sine die l'annonce de la composition du nouveau gouvernement et sa menace de démission en cas de rejet de ce cabinet par la classe politique.

Ennahda, qui contrôle 89 des 217 députés à l'ANC, a de nouveau martelé lundi son opposition à l'initiative Jebali, tout en estimant que ce dernier devait rester Premier ministre d'un gouvernement alliant personnalités politiques et technocrates pour sortir de la la plus grave crise politique depuis la révolution de janvier 2011 qui a chassé Zine El Abidine Ben Ali du pouvoir.

"Il restera chef du gouvernement et secrétaire général du parti", a ainsi déclaré Rached Ghannouchi, à l'antenne de la radio Shems-FM.

Le chef islamiste avait eu pourtant des mots très durs, lors d'une vaste manifestation samedi à Tunis, pour le projet de M. Jebali, le qualifiant de "coup d'Etat contre le gouvernement élu".

Le Premier ministre a appelé à un cabinet apolitique le 6 février, quelques heures après l'assassinat retentissant de l'opposant anti-islamiste Chokri Belaïd qui a déclenché une nouvelle vague de violences et aggravé la crise préexistante.

Signe du climat de tensions, la statue installée par des artistes à l'endroit où il a été assassiné a été vandalisée dans la nuit de dimanche à lundi.

L'oeuvre a été arrachée de son socle et brisée en trois morceaux. Dès lors, le ministère de l'Interieur a indiqué à l'AFP que désormais le domicile du défunt allait être surveillé 24 heures sur 24.

"Ceux qui ont fait ça ne sont pas des humains, on a dépassé toutes les bornes", a déclaré Besma Khalfaoui, la veuve de l'opposant.

Si la proposition de M. Jebali de former un gouvernement apolitique a été bien accueille par l'opposition et la société civile, son initiative semble perdre du terrain dans la classe politique.

Ainsi, le président de l'ANC donne des signes de ralliement à la position d'Ennahda après avoir soutenu sans condition le Premier ministre.

"Nous pensons que la proposition est bonne", a-t-il dit dimanche. "Mais après des discussions avec les partis, on a compris qu'elle ne fait pas l'unanimité et la situation nécessite d'élargir le soutien au gouvernement et un large consensus entre les protagonistes politiques".

Compliquant encore l'imbroglio, le Congrès pour la République (CPR) du président Moncef Marzouki, semble au bord de l'implosion.

Trois députés ont démissionné et selon les médias, le chef du CPR, Mohamed Abbou, est sur le point d'officialiser son départ. Ce dernier n'était d'ailleurs pas présent lundi à la réunion avec M. Jebali

Le CPR s'oppose à la formation d'un cabinet apolitique mais le parti est miné par les conflits internes et les divergences avec Ennahda.

Outre l'interminable crise politique, la rédaction de la Constitution est dans l'impasse, faute de compromis sur la nature du futur régime.

Entre-temps, les conflits sociaux souvent violents se sont multipliés sur fond de misère et chômage. Sans oublier l'essor d'une mouvance salafiste jihadiste qui déstabilise régulièrement le pays par des attaques.

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