NOUVELLES
18/02/2013 09:21 EST | Actualisé 20/04/2013 05:12 EDT

Le groupe islamiste Ansaru revendique l'enlèvement de 7 étrangers au Nigeria

Le groupe islamiste nigérian Ansaru a revendiqué lundi l'enlèvement ce week-end dans le nord du Nigeria de sept employés étrangers de la société de construction libanaise Setraco, liant ce kidnapping aux interventions militaires en Afghanistan et au Mali.

Les enlèvements survenus dans la nuit de samedi à dimanche à Jama'are, à environ 200 kilomètres de Bauchi, capitale de l'Etat du même nom, constituent la plus importante prise d'otages jamais perpétrée dans le nord du Nigeria, une région souvent secouée par des attaques menées par des groupes islamistes mais où peu d'enlèvements ont été observés.

Ansaru est considéré comme un groupe relativement nouveau et en pleine expansion depuis sa revendication de l'enlèvement d'un ressortissant français en décembre, et certains pensent qu'il est directement lié à la secte extrémiste Boko Haram, dont les violences ont fait des centaines de morts dans le nord et le centre du pays depuis 2009.

Dans un communiqué envoyé à plusieurs journalistes par email, le groupe annonce "détenir sept personnes, dont des Libanais et leurs collègues européens travaillant pour Setraco".

Selon la police nigériane, quatre Libanais, un Britannique, un Grec et un Italien ont été enlevés lors de l'attaque survenue dans le village de Jama'are, dans l'Etat de Bauchi (Nord), où un garde a été tué.

La Grèce et l'Italie ont confirmé la présence de leurs ressortissants parmi les otages, mais Londres a dit être encore en train d"'enquêter" sur la présence ou non d'un Britannique et Beyrouth n'a évoqué que deux Libanais enlevés.

Ansaru dit avoir commis cet enlèvement "sur la base des transgressions et des atrocités commises envers la religion d'Allah (...) par les pays européens dans plusieurs endroits dont l'Afghanistan et le Mali".

Le groupe avait également cité le soutien de la France à l'intervention armée en préparation au Mali pour justifier l'enlèvement en décembre, dans un autre Etat du nord du Nigeria, d'un ingénieur français, Francis Collomp.

Le groupe a aussi revendiqué une attaque le 19 janvier dans le centre, tuant deux soldats en partance pour le Mali où le Nigeria participe à une force interafricaine contre les groupes islamistes armés.

Selon des témoignages d'habitants recueillis lundi, la société Setraco a évacué dès dimanche tous ses employés présents sur le site et n'étant pas originaires de Jama'are, à bord de 12 véhicules.

"Nous ne pouvons pas continuer à travailler sur place, parce que la vie de nos collègues est en danger", a déclaré à l'AFP John Ogbamgba, le porte-parole de Setraco basé à Abuja, avant d'ajouter "nous sommes tous en larmes, ce sont des gens avec qui nous vivions".

Si cela était arrivé dans le Sud, "on nous aurait peut-être demandé une rançon, mais souvent quand il arrive ce genre de choses dans le Nord, on n'a aucune information", s'est inquiété M. Ogbamgba, faisant référence aux nombreux enlèvements qui ont lieu dans la région pétrolifère du Delta du Niger, où les otages sont la plupart du temps relâchés contre de grosses sommes d'argent.

Dans le Nord, un Britannique et un Italien ont été enlevés en 2011, ainsi qu'un Allemand, en 2012. Ils ont tous les trois été tués par leurs ravisseurs. Ansaru avait été cité comme étant impliqué dans l'enlèvement du Britannique et de l'Italien.

Le nouveau communiqué d'Ansaru est rédigé en anglais, une langue déjà utilisée par ce groupe dans le passé, même s'il s'était exprimé en haussa, parlé en Afrique de l'Ouest et centrale, pour revendiquer l'enlèvement de M. Collomp.

Dans un second paragraphe, Ansaru semble menacer de mener d'autres attaques mais la syntaxe est confuse et le sens de la phrase n'est pas claire.

On en sait peu sur Ansaru, certains affirmant qu'il s'agit d'une faction dissidente de Boko Haram, alors que d'autres pensent que les deux groupes agissent de concert.

Ansaru aurait des liens avec Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI). On dit également que ce groupe serait dirigé par Khalid al-Barnawi, un des trois islamistes nigérians considérés par les Etats-Unis comme des "terroristes internationaux".

Le gouvernement britanique a qualifié en novembre Ansaru d'organisation terroriste.

abu-bs/cdc/jlb