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18/02/2013 05:24 EST | Actualisé 20/04/2013 05:12 EDT

La justice russe persiste dans son intention de juger Magnitski post-mortem

Un tribunal russe a fixé au 4 mars une nouvelle audience dans le cadre du procès post-mortem de Sergueï Magnitski, à laquelle participeront des avocats commis d'office, en dépit des protestations de la famille du juriste mort en prison en 2009.

Le tribunal Tverskoï de Moscou, lors d'une audience préliminaire à huis clos menée lundi, a fixé au 4 mars la prochaine audience, à la demande des avocats commis d'office fin janvier pour défendre le défunt, ceux de la famille ayant refusé de participer au procès, le jugeant illégal.

"L'audience préliminaire a été repoussée au 4 mars à la demande de la défense", a déclaré à l'AFP Alexandra Berezina, porte-parole du tribunal.

La tenue de l'audience lundi avait soulevé les protestations de la famille de Magnitski et du fonds Hermitage Capital, pour lequel le juriste travaillait, et qui a dénoncé un procès "blasphématoire".

Le but de cette audience était de "déterminer si Magnitski + avait été correctement notifié+ de son procès et si le procureur avait +obtenu une confirmation par écrit de la notification+ de Magnitski", a indiqué le fonds dans un communiqué.

"Le fait que ce procès post-mortem aille de l'avant montre que la justice en Russie se transforme en un véritable et pur blasphème. Le seul endroit où une notification peut être envoyée à Sergueï Magnitski est sa tombe au cimetière Preobrajenskoïe et toute confirmation écrite devrait être obtenu de sa dépouille. Il y a un endroit spécial en enfer pour les gens faisant cela", a déclaré un porte-parole d'Hermitage Capital, cité dans le communiqué.

Tout avocat commis d'office "ne réalise peut-être pas l'illégalité des poursuites posthumes contre mon fils", a de son côté déclaré la mère de Magnitski, Natalia, citée elle aussi par Hermitage Capital.

Le chef du barreau de Moscou, Guenri Reznik, avait expliqué le jour de la dernière audience fin janvier qu'un procès post-mortem ne pouvait avoir lieu qu'à la demande de proches du défunt, et seulement à des fins de réhabilitation.

"La présence d'avocats permettra au tribunal de dire qu'il n'y a pas eu de violations des droits de la défense, ainsi à travers sa présence, l'avocat servira de complice malgré lui de ce crime", a souligné la mère de Magnitski.

Sergueï Magnitski, un avocat fiscaliste qui conseillait le fonds d'investissement occidental Hermitage Capital, est mort dans une prison de Moscou en novembre 2009 après 11 mois de détention provisoire.

Le juriste avait été arrêté en 2008 pour fraude fiscale après avoir dénoncé une vaste machination financière de 5,4 milliards de roubles (130 millions d'euros) ourdie, selon lui, par des responsables de la police et du fisc au détriment de son employeur ainsi que de l'Etat russe.

Magnitski avait été inculpé de fraude fiscale par les responsables même qu'il dénonçait, selon Hermitage, et fait encore l'objet de poursuites judiciaires post-mortem. William Browder, le PDG d'Hermitage Capital, est inculpé dans le même dossier.

Cette affaire a provoqué de vives tensions dans les relations entre Moscou et Washington, qui se sont nettement avivées fin 2012 avec la promulgation aux Etats-Unis d'une loi sanctionnant les responsables russes impliqués dans l'affaire, aussitôt suivie de celle d'une loi russe interdisant les adoptions d'enfants russes par des Américains.

Vendredi, le fonds Hermitage a indiqué que la Russie avait par ailleurs ouvert une nouvelle enquête dans le cadre de cette affaire et réclamé à la filiale moscovite de la banque britannique HSBC de lui fournir tous les relevés bancaires concernant huit entreprises liées au fonds, en remontant jusqu'à 1996.

Selon le quotidien Kommersant de lundi, ces poursuites concerneraient l'achat présumé par Hermitage de 7% du capital de Gazprom alors que l'acquisition de tels titres était alors interdit aux étrangers.

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