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18/02/2013 07:41 EST | Actualisé 20/04/2013 05:12 EDT

Hugo Chavez, de la révolution à la bataille contre la maladie

Hugo Chavez, revenu par surprise à Caracas lundi après plus de deux mois d'hopitalisation pour un cancer à Cuba, est l'homme fort du pays depuis sa première élection en 1998, provoquant la controverse chez lui comme à l'étranger avec son projet socialiste et son style exubérant.

Un cancer dans la zone pelvienne diagnostiqué en juin 2011, qui a déjà valu quatre opérations à l'ancien parachutiste de 58 ans, ne l'avait pas empêché d'être élu pour un nouveau mandat de six ans en octobre dernier.

Sorti vainqueur de tous les scrutins auxquels il a participé, il prétendait alors gouverner jusqu'en 2030 un pays qui dispose des plus importantes réserves de pétrole au monde pour y implanter "un socialisme du 21e siècle".

Mais un nouveau départ vers Cuba le 10 décembre pour y être opéré une quatrième fois de son cancer a coupé cet élan, et le silence total ayant accompagné sa convalescence a alimenté de nombreuses conjectures sur sa capacité à assumer sa charge.

Orateur infatigable, Hugo Chavez était capable, comme son mentor cubain Fidel Castro, d'haranguer les foules des heures durant, vêtu d'un costume et béret rouges, d'un treillis ou, plus récemment, de complets à l'occidentale.

Mais sa stature imposante s'était vu affaiblie fin 2011. Il était alors apparu chauve et ayant pris beaucoup de poids suite à deux opérations opérations et un traitement par chimiothérapie.

Depuis, il avait drastiquement réduit ses activités jusqu'à cette nouvelle opération d'un cancer dont l'emplacement et la nature exacte n'ont jamais été révélés.

Né en 1954, fils de deux instituteurs de l'Etat de Barinas (sud-ouest), père de quatre enfants, catholique deux fois divorcé, Hugo Chavez avait commencé à nourrir dès 1982 son projet socialiste inspiré de Simon Bolivar, la figure emblématique de la guerre d'indépendance contre les Espagnols.

En 1992, le lieutenant-colonel tentait un coup d'Etat infructueux contre le président Carlos Andrés Pérez, qui le jeta en prison pour deux ans, ce qui l'a paradoxalement rendu très populaire.

Six ans après, candidat d'une coalition de partis de gauche, il remportait l'élection, avec 56% des suffrages.

Hugo Chavez, à la tête du premier exportateur de pétrole sud-américain, a bâti sa popularité sur de nombreux programmes sociaux dans la santé et l'éducation. Les plus défavorisés lui vouent depuis une ferveur sans limites, répétant à l'envi qu'il leur a rendu leur "dignité", malgré une inflation galopante.

En revanche, ses opposants lui reprochaient son omniprésence, son instrumentalisation des moyens de l'Etat au service d'une seule cause: son maintien au pouvoir.

Hyperactif, implacable avec ses adversaires, charismatique, capable de mêler dans un même discours chansons romantiques, insultes et démonstrations d'érudition, Hugo Chavez avait développé un style de gouvernement non conventionnel, faisant appel à son instinct mais aussi à sa formation militaire.

Il dormait peu et ne prenait pas de vacances, ce qui lui a valu de reconnaître d'avoir commis une "erreur fondamentale" en négligeant sa santé pendant des années.

Après la tentative de coup d'Etat qui l'avait visé, en 2002, le président avait décidé que le monde se divisait en amis ou adversaires, qualifiant ses opposants de "traîtres". Une réthorique reprise par le gouvernement en son absence.

Au-delà des frontières, il était le modèle - et bailleur de fonds - de plusieurs dirigeants latino-américains de gauche.

Fervent défenseur de l'union de l'Amérique latine, il a mis en place des structures d'intégration régionale et tissé des alliances stratégiques avec la Russie, la Chine ou l'Iran, ne manquant jamais d'apporter son soutien à des dirigeants controversés, comme le Libyen Mouammar Kadhafi, l'Iranien Mahmoud Ahmadinejad ou le Syrien Bachar al-Assad.

En même temps, il a su faire preuve de pragmatisme, ne suspendant jamais ses livraisons de pétrole aux Etats-Unis, en dépit de ses critiques acerbes contre "l'impérialisme yankee".

Après sa réélection du 7 octobre, Hugo Chavez n'a pas été en mesure de prêter serment devant l'Assemblée nationale le 10 janvier, comme le prévoyait la Constitution.

Avant son départ vers Cuba, il avait délégué une partie de ses pouvoirs au vice-président Nicolas Maduro.

Pour la première fois, il avait également désigné ce dernier comme son héritier politique en cas de défection, alimentant une nouvelle fois les rumeurs sur son état de santé.

bur-ag/bbc