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17/02/2013 10:51 EST | Actualisé 19/04/2013 05:12 EDT

Syrie: Baba Amr, ex-quartier rebelle, sans espoir d'un lendemain meilleur

Le nom de Baba Amr à Homs avait fait le tour du monde, tellement les combats entre armée syrienne et rebelles y étaient féroces. Près d'un an après sa reprise par le régime, ses rares habitants y sont pleins de colère et d'amertume, sans espoir d'un lendemain meilleur.

Baba Amr est habité par le spectre de la mort, celle des centaines de Syriens tués par les bombardements et les combats; celle aussi d'éminents journalistes comme Marie Colvin du Sunday Times ou encore du jeune photographe français Rémi Ochlik, morts dans un raid contre un centre de presse improvisé par des militants.

Signe de l'importance de la "victoire" de ses troupes dans ce quartier, le président Bachar al-Assad s'était --fait rare-- rendu sur place, promettant que Baba Amr connaîtra bientôt un retour à "la vie normale".

Or 11 mois plus tard, les rues sont encore jonchées de gravats et la majorité des 35.000 habitants ne sont toujours pas rentrés, a constaté un journaliste de l'AFP.

Les murs sont criblés d'impacts de balles, les balcons et poteaux électriques sont effondrés et les vitrines des magasins sont éclatées, formant un tableau de désolation figé dans le temps.

Les rares résidents qui ont entrepris le chemin du retour sont écrasés par le sentiment que cette guerre est vaine et par une colère contre les deux belligérants.

Dans le coin d'une rue menant au cimetière dans l'est du quartier, Fatima est assise par terre avec son mari et regarde ses petits-enfants gambader dans la rue.

"Je ne veux pas parler du passé, c'est une vraie tragédie humaine", dit cette sexagénaire, qui a eu la "chance" de retrouver sa maison intacte.

"Nous avons été happés par ce conflit, aucune des deux parties ne s'est souciée de nous ou de la vie de nos enfants, je les hais tous", lance-t-elle.

"C'était une vraie guerre, mais tout le monde a perdu", renchérit son fils aîné, 34 ans.

Dans la partie ouest de Baba Amr, ancien QG des rebelles et là où ont péri Marie Colvin et Rémi Ochlik, un silence accablant accueille les journalistes qui se déplacent en compagnie de l'armée régulière.

Soudain, un homme surgit au coin d'une rue, telle une apparition.

Pour Khaled, 33 ans, le souvenir des combats est encore vif." Nous ne pouvions même pas pointer le bout du nez par la fenêtre tellement les combats étaient épouvantables", dit ce jeune constructeur, revenu avec sa femme et ses quatre enfants pour réparer son foyer, malgré l'absence d'eau et d'électricité. "Nous étions cernés par les tirs de l'armée d'une part et des hommes armés d'autre part".

Devant une coopérative, une file se forme pour obtenir une bonbonne de gaz. Les visages las se détournent à la vue des journalistes. "Les gens ici sont lassés par la présence des médias", tente d'expliquer un soldat.

Seul signe d'espoir, trois écoles du quartier ont ouvert leurs portes. Samer, 12 ans, est ravi de retrouver son établissement, après avoir raté un an de scolarité.

"Beaucoup de mes camarades sont partis, je me suis fait de nouveaux amis", affirme le petit garçon.

Avec un conflit qui s'éternise, poussant des milliers de personnes à l'exode, Baba Amr donne une idée des changements dans le tissu urbain à travers la Syrie.

Selon un soldat accompagnant les journalistes, ceux qui sont rentrés à Baba Amr ne sont pas tous des résidents du quartier. "Il y a beaucoup de familles déplacées d'ailleurs qui se sont réfugiées ici après l'arrêt des combats", dit-il.

Les autorités avaient évalué les destructions à 33 millions de dollars. En attendant la reconstruction, les rescapés de Baba Amr restent plongés dans leur amertume et leurs tristes souvenirs.

"Qu'Assad parte ou reste, en quoi cela changera-t-il ma vie?", lâche Khaled.

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