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17/02/2013 04:12 EST | Actualisé 18/04/2013 05:12 EDT

Mali: à la gendarmerie de Gao, ceux qui viennent "sont déjà torturés" par l'armée

"Ceux qui viennent ici, ils sont déjà torturés par l'armée malienne", explique une source au sein de la gendarmerie de Gao, la grande ville du Nord du Mali récemment reprise aux islamistes par les soldats français et maliens.

Le colonel Saliou Maïga, qui dirige la gendarmerie, dément d'abord.

Dans sa ville, à 1.200 km au nord-est de Bamako, "il n'y a pas eu un seul cas d'exaction commis sur une population quelconque", assure-t-il depuis une polyclinique où s'est installée la gendarmerie, ses anciens locaux ayant été détruits, comme toute l'administration locale, par les groupes islamistes armés liés à Al-Qaïda.

Mais lorsqu'un journaliste de l'AFP lui indique y avoir vu plusieurs "peaux blanches" ayant été torturées par l'armée malienne à Gao, le colonel admet: "Je suis au courant de ces cas".

Mais rien de tel dans sa gendarmerie, affirme-t-il, en faisant venir un Touareg émacié, Abdullah Ag Najim, 22 ans, et en expliquant: "Ce Tamashek (Touareg) vit ici depuis plusieurs jours, pour sa sécurité".

"Deux jeunes militaires (maliens) m'ont tabassé. Pourquoi? Je ne sais pas", raconte le jeune homme, le visage encore tuméfié. "Je suis venu ici pour me protéger, pour ma propre sécurité", confie-t-il, en ajoutant: "Je remercie la gendarmerie nationale".

"Plusieurs personnes sont venues ici se réfugier pour que nous leur offrions protection", précise le colonel Maïga, "la torture, ce n'est pas nous qui allons la faire".

Une source travaillant dans cette gendarmerie explique que "ceux qui viennent ici, ils sont déjà torturés par l'armée malienne. Ils sont un peu nombreux (sic), c'est presque tous des peaux blanches", le surnom donné par la population noire majoritaire aux Touareg et aux Arabes, accusés d'avoir soutenu le règne de fer des islamistes et aujourd'hui victimes de représailles.

La même source résume: "On les capture, on les torture, et puis on les amène ici à la gendarmerie. Ici, il n'y a aucun problème".

Mais où sont-ils malatraités avant ? Un journaliste de l'AFP a filé plusieurs fois des pick-up militaires transportant des prisonniers et en a vu certains aller directement à la gendarmerie, d'autres pénétrer dans la cour d'un bâtiment anonyme situé rue 353, sur la route de l'aéroport.

Un check-point en barre l'accès. Lorsqu'on s'approche, des soldats maliens au visage fermé font signe de s'éloigner.

Informé de ces faits par l'AFP, le colonel Maïga l'affirme: "J'ai vérifié dans cette rue. Il n'y a rien. Si nous trouvons des gens qui torturent, ces gens seront arrêtés".

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