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16/02/2013 09:29 EST | Actualisé 18/04/2013 05:12 EDT

Silvio Berlusconi ou l'éternel retour

Donné maintes fois pour mort politiquement, le multi-millionaire Silvio Berlusconi est le spécialiste des come-backs retentissants, en dépit de déboires judiciaires et scandales sexuels qui auraient mis un terme définitif à sa carrière dans tout pays occidental autre que l'Italie.

Le 12 novembre 2011, le pays est au bord de l'asphyxie, le Cavaliere, discrédité par des procès à répétitions, part sous les huées, cédant le pouvoir au gouvernement technique de Mario Monti.

Février 2013. Parti en campagne quelques mois plus tôt avec autour de 18% des intentions de vote, il effectue une remontée spectaculaire à 28,5%, ramenant l'écart avec la gauche à quatre ou cinq petits points.

"Berlusconi, c'est comme James Bond: il ne faut jamais dire jamais", commente le professeur de philosophie Giacomo Marramao, tandis que le journaliste de gauche Marco Travaglio le surnomme "Monsieur Lerevoilà".

Son secret? Un culot invraisemblable qui lui permet d'affirmer un jour que son successeur et désormais rival Mario Monti a "plongé l'Italie dans la récession" et le lendemain qu'il pourrait voter pour lui. De promettre aux Italiens que non seulement il baissera les impôts, mais remboursera ceux versés l'an dernier!

Le tout en sur-occupant l'espace médiatique avec une verve qui n'a pas faibli malgré son âge, 76 ans. "J'ai regardé dans mon miroir ce matin... et j'ai pensé: ils ne font plus les miroirs comme autrefois", a-t-il raconté récemment à ses fans à Rome, sans se départir de son éternel sourire.

Ce fils d'un employé de banque milanais, né le 29 septembre 1936, commence sa carrière comme animateur sur des bateaux de croisière, où, déjà, il chante et raconte des histoires drôles.

Vendeur d'aspirateurs à la fin des années 50, il décroche en 1961 une licence en droit, puis emprunte de l'argent à la banque de son père pour fonder une société immobilière.

Commence alors une irrésistible ascension qui soulève des interrogations quant à l'origine de sa fortune, sur laquelle il est toujours resté flou.

Mais c'est surtout dans la télévision que s'exprime son génie: il n'hésite pas à saupoudrer ses programmes de femmes dénudées, dès les années 80.

La holding de la famille Berlusconi, Fininvest, comprend trois chaînes de télévision, des journaux, les éditions Mondadori, mais aussi, cerise sur le gâteau pour ce fan de football, le Milan AC, équipe championne d'Italie en 2011.

Pendant dix ans, il détient la plus grosse fortune d'Italie, avant que les aléas boursiers ne le rétrogradent à la troisième ou quatrième place.

En 1994, il se lance dans la politique. En quelques semaines, il monte Forza Italia (Allez l'Italie!), formé essentiellement de cadres de la Fininvest.

Il remporte les élections mais, lâché par ses alliés, son gouvernement s'écroule au bout de sept mois. En 2001, il reconquiert le pouvoir qu'il conserve jusqu'en avril 2006, un record depuis l'après-guerre.

Usé par ces cinq années, il est battu d'extrême justesse aux élections, mais prend une revanche éclatante deux ans plus tard, s'installant aux commandes pour la troisième fois, avant de démissionner en novembre 2011.

Pendant ses années au pouvoir, ses problèmes personnels, notamment judiciaires, occupent le devant de la scène. M. Berlusconi a été condamné à plusieurs reprises en première instance, mais jamais définitivement, grâce, selon ses détracteurs, à des lois adoptées spécialement.

Très soucieux de son apparence, cet homme de petite taille a recours sans complexe au fond de teint, à la teinture des cheveux et à la chirurgie esthétique.

Son goût assumé pour les jeunes et jolies femmes, dont des call-girls, finit par lui valoir au printemps 2009 une fracassante demande de divorce. Et un procès pour prostitution de mineure et abus de pouvoir, avec pour héroïnes la jeune Marocaine "Ruby" et les fêtes torrides "bunga-bunga".

Père de cinq enfants issus de deux mariages et plusieurs fois grand-père, ce personnage hors du commun déchaîne chez ses compatriotes l'adulation ou la haine viscérale : en décembre 2009, un déséquilibré lui jette une reproduction de la cathédrale de Milan en plein visage, lui fracturant le nez et deux dents.

Une énième épreuve pour cet hyperactif dormant peu qui a été victime d'un malaise en novembre 2006 et s'est fait poser un stimulateur cardiaque aux Etats-Unis.

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