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16/02/2013 09:23 EST | Actualisé 18/04/2013 05:12 EDT

Mario Monti, l'austère technocrate transformé en animal politique

Mario Monti, 69 ans, le sobre technocrate pince-sans-rires qui a dirigé l'Italie pendant un peu plus d'un an jusqu'à sa "montée en politique" fin décembre, a subi à cette occasion un changement radical d'image.

Dans la péninsule, c'est comme si tout le monde avait oublié dans quel état se trouvait le pays le 16 novembre 2011 quand M. Monti, un ex-commissaire européen peu connu, a succédé à un Silvio Berlusconi empêtré dans des scandales et la crise de l'euro.

A l'époque, ce discret professeur d'économie, surnommé le "cardinal" pour son calme et son côté impénétrable, faisait figure de héros et recours ultime alors que les marchés spéculaient sur un effondrement du pays sous son énorme dette de plus de 2.000 milliards d'euros.

En un an, il a restauré la crédibilité de l'Italie, faisant redescendre le spread (écart entre taux italiens et allemands) sous les 300 points, la moitié de son niveau à la fin du mandat Berlusconi. Mais au prix d'une cure d'austérité draconienne ponctuée par une dure réforme des retraites et un alourdissement de la fiscalité.

Sa métamorphose en animal politique a commencé peu après avec l'annonce-surprise de son entrée dans l'arène, le 23 décembre dernier.

M. Monti est devenu aussi présent dans les médias que le grand spécialiste, Silvio Berlusconi, qui, à 76 ans, en est à sa sixième campagne électorale en 18 ans et a tout misé sur les télévisions et radios.

Et les deux hommes passent leur temps à se quereller par médias interposés. M. Berlusconi accuse le gouvernement Monti d'être à l'origine de tous les maux de l'Italie (récession, chômage et impôts en hausse).

Prudent au début, M. Monti se montre de plus en plus sévère à l'encontre de son prédécesseur, qui l'avait proposé comme commissaire européen en 1994 et pour qui il avait voté à l'époque. Il dit désormais craindre un retour sur les réformes qu'il a promues et estime qu'à cause de lui, l'Italie a été "tournée en ridicule" sur le plan international.

Aux yeux de son électorat, évalué à entre 10% et 15%, le "Professeur" jouit de l'aura d'une carrière remarquable: un diplôme d'économie à la prestigieuse Université Bocconi de Milan, suivi d'études à Yale auprès du futur Prix Nobel James Tobin puis l'enseignement à la Bocconi dont il deviendra recteur puis président à partir de 1994, poste dont il est encore titulaire.

C'est aussi en 1994 qu'il est nommé commissaire au Marché intérieur. Il passera au total 10 ans à Bruxelles enchaînant avec le portefeuille de la Concurrence.

Courtoisie et sobriété sont la marque de fabrique de ce catholique pratiquant éduqué chez les Jésuites, marié depuis 42 ans et père de deux enfants. Au risque de paraître parfois ennuyeux voire robotique, comme la caricature que fait de lui le comique Maurizio Crozza.

Son appartenance au club très fermé du Groupe Bilderberg, qui rassemble une centaine d'hommes politiques, financiers, banquiers de toute la planète, a contribué aussi à une image de technocrate éloigné des préoccupations du peuple.

Mais après ses premiers pas en politique, il a changé de registre et est passé des piques malicieuses et critiques allusives pimentées d'humour britannique, aux attaques directes: "pendant notre année de gouvernement, nous avons résolu les problèmes que les gouvernements de centre gauche et centre droit avaient laissé pourrir", a-t-il lancé récemment.

C'est apparemment sur conseil de David Axelrod, le gourou du président américain Barack Obama, qu'il a durci le ton mais l'expert en communication lui a aussi recommandé d'être plus "empathique" avec l'homme de la rue.

Résultat: M. Monti s'est adouci lorsqu'il a reçu lors d'une émission télévisée, un chien en cadeau, immédiatement baptisé "Empy". "Regardez comme il est doux", a-t-il lancé, confiant garder souvent les chiens de ses petits-enfants.

Dans la même émission, il s'est laissé aller à avaler en souriant une grande rasade de bière, dissertant sur twitter et l'argot des jeunes d'aujourd'hui.

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