NOUVELLES
16/02/2013 10:11 EST | Actualisé 18/04/2013 05:12 EDT

Marc Ouellet: "papabile" mais pas prophète dans son pays

Cité parmi les favoris pour succéder à Benoît XVI comme pape, le cardinal canadien Marc Ouellet ne fait pas l'unanimité au Québec, sa province natale, pourtant berceau du catholicisme en Amérique du Nord.

A 68 ans, ce proche de Benoît XVI, chargé de lui faire des recommandations sur la nomination des évêques dans le monde entier, fait figure de gardien de l'orthodoxie catholique.

A Québec, où il a dirigé l'archevêché entre 2003 et 2010, il a provoqué plusieurs levées de boucliers en défendant haut et fort les positions traditionnelles du Vatican contre le mariage homosexuel ou l'avortement -même en cas de viol- ou sur l'enseignement religieux dans les écoles publiques.

"Avec une personne qui avait des positions aussi affichées", son retour de Rome, où il était en poste à la curie jusqu'en 2002, "a créé un clivage" au sein de l'Eglise locale, dit Gilles Routhier, doyen de la faculté de théologie et des sciences religieuses de l'université Laval à Québec.

D'autant que ces positions n'ont plus la cote au Québec, où la société a peu à peu tourné le dos à l'Eglise catholique à partir de "la révolution tranquille" de 1960, marquée par la montée du nationalisme francophone, la naissance d'un Etat moderne et une révolution des moeurs et des mentalités.

En bon traditionaliste, le cardinal Ouellet a même rétabli le confessionnal dans l'archidiocèse de Québec, là où les prêtres ne pratiquaient plus depuis plusieurs années que l'absolution collective.

La presse locale l'a surnommé "le cardinal de fer", lui qui s'était donné pour tâche la "ré-évangélisation" d'une province dont les nombreuses églises sont aujourd'hui peu fréquentées, qui a légalisé le mariage homosexuel et l'adoption homoparentale, banni l'enseignement religieux des écoles publiques et où l'union libre (38% des couples) bat des records mondiaux, deux enfants sur trois naissant hors mariage.

En 2007, dans une sortie inattendue, le cardinal Ouellet a cependant demandé pardon, au nom de l'Eglise, pour les abus sexuels de certains prêtres. Deux ans plus tard, son frère Paul, un artiste multidisciplinaire, a été condamné à 15 mois de travaux d'utilité publique pour avoir agressé sexuellement deux adolescentes dans les années 1980.

Troisième d'une fratrie de huit enfants, Marc Ouellet est né le 8 juin 1944 dans le village de La Motte, en Abitibi, alors une région de colonisation récente au nord-ouest du Québec. Un pays de défricheurs, de bûcherons et de mines d'or.

Son père étant directeur d'école, journaux et livres ne manquent pas à la maison. A 17 ans, c'est justement en lisant "Introduction à la vie dévote" de saint François de Sales que ce jeune homme costaud et sportif, amateur de hockey et de natation, raconte avoir décidé de devenir prêtre.

Il sera ordonné prêtre dans sa paroisse en 1968 après avoir obtenu une licence de théologie à l'université de Montréal.

Après avoir enseigné la philosophie et la théologie en Colombie, à Montréal ou dans l'ouest canadien, cet intellectuel, docteur en "théologie dogmatique", a connu une ascension fulgurante à la fin des années 1990 quand il a été appelé à la curie romaine.

En 2001, il devient évêque, l'année suivante archevêque et, en 2003, cardinal. Deux ans plus tard, à la mort de Jean Paul II, il est déjà parmi ceux pressentis pour lui succéder.

En 2010, Benoît XVI le nomme préfet de la Congrégation pour les évêques et, à ce titre, "il est le seul cardinal qui voit le pape toutes les semaines", dit le cardinal et archevêque à la retraite de Montréal, Jean-Claude Turcotte.

S'il apparaît "papabile" au Vatican, Marc Ouellet ne doit pas susciter trop d'espoirs au Québec, concluait cette semaine l'éditorialiste du quotidien La Presse. "Dans le cas particulier du Québec, l'Eglise catholique a été si catégoriquement rejetée qu'il est difficile d'imaginer qu'un nouveau pape, fût-il d'ici, puisse y ranimer durablement la foi".

jl/via/lb/et