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16/02/2013 09:12 EST | Actualisé 18/04/2013 05:12 EDT

L'Italie, une économie toujours vulnérable au seuil d'un scrutin clé

L'Italie qui se rend aux urnes après quinze mois sous la houlette du "professore" Mario Monti aura réussi à esquiver le gouffre de la dette mais demeure un pays fragile, englué dans une profonde récession et vulnérable à d'éventuelles turbulences politiques.

Le maître-mot pour évoquer la période très particulière qui s'achève est sans doute le "spread" (écart entre taux italiens et allemands), terme inconnu des Italiens il y a deux ans, et qui rythme journaux télévisés et discours politiques. Cet indicateur du degré de défiance qu'inspire l'Italie par rapport à la vertueuse Allemagne a chuté de moitié depuis novembre 2011, date de l'arrivée de M. Monti aux manettes.

Avec l'appui de la Banque centrale européenne (BCE) et en imposant un changement de cap radical par rapport à son prédécesseur Silvio Berlusconi, l'ancien commissaire européen a su rétablir en grande partie la crédibilité de l'Italie en Europe et sur les marchés financiers, qui lui en savent gré, tout comme nombre d'entreprises italiennes.

A cet égard, "il y a eu un avant et un après", résume Alberto Barcella, président de l'organisation patronale Confindustria en Lombardie, la région la plus riche et la plus industrielle.

"Ce gouvernement a opéré dans une des périodes les plus difficiles de la République italienne. (...) Dans ce contexte, je crois qu'il a fait aussi bien que possible", estime-t-il, citant l'adoption de réformes des retraites et du marché du travail.

Mais ces efforts, en particulier la stricte politique de rigueur mise en place pour tenter d'éponger la dette toujours abyssale du pays (2.000 milliards d'euros) et apurer les comptes publics, ont eu un prix très élevé pour les citoyens.

Les Italiens ont ainsi peu apprécié la réimposition d'une lourde taxe foncière. Le thème des impôts a d'ailleurs dominé la campagne électorale avant d'être éclipsé dernièrement par de retentissants scandales financiers, qui ont fait vaciller des géants comme Finmeccanica ou Eni.

Difficile alors de croire aux promesses officielles d'un retour de la croissance à la mi-2013 alors que selon les dernières statistiques, l'Italie vient d'enchaîner six trimestres consécutifs de recul du PIB, sa plus longue période de récession depuis 20 ans. L'économie s'est contractée de 2,2% en 2012.

Selon une étude de Cerved, 104.000 entreprises ont dû mettre la clé sous la porte, l'an passé, victimes de la crise ou aussi du "credit crunch", la pénurie de crédits bancaires.

Parallèlement le chômage gagne du terrain: il a atteint 11,2% de la population active en décembre (36,6% pour les jeunes de 15-24 ans), et alimente le ressentiment contre une classe politique jugée déconnectée de la réalité quotidienne du citoyen et laxiste face à la corruption.

M. Monti après avoir initialement exclu de se lancer en politique a justifié son revirement fin décembre par la volonté de préserver les réformes accomplies.

"Nous sommes les seuls à avoir montré notre capacité à gouverner. Et il y aurait un grand risque de faire repartir le grand incendie financier si les Italiens prêtaient l'oreille à Berlusconi et à ses promesses illimitées", a-t-il déclaré cette semaine.

La nette remontée du Cavaliere dans les sondages des dernières semaines a fait courir quelques frissons sur les marchés, en particulier après sa promesse de restituer aux Italiens la taxe foncière honnie s'il était élu. De quoi réveiller le spectre d'une Italie incontrôlable et faisant peser un risque sur la zone euro tout entière.

Mais en réalité, les événements se présentent plutôt bien du point de vue des marchés, notent les économistes de la banque UBS.

Leur "scénario favori" serait celui d'une alliance entre le Parti Démocrate, favori des sondages mais qui n'aura peut-être pas la majorité au Sénat, et la coalition centriste de Mario Monti, qui serait ainsi appelé à conserver un rôle déterminant dans le futur gouvernement.

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