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16/02/2013 06:12 EST | Actualisé 18/04/2013 05:12 EDT

Les islamistes tunisiens dans la rue pour défendre leur droit de gouverner

Le parti islamiste Ennahda organise samedi une grande manifestation pour défendre sa légitimité à diriger la Tunisie, au lendemain du report sine die par le Premier ministre de la formation d'un cabinet de technocrates en vue d'une sortie de crise.

Quelques dizaines de militants d'Ennahda ont commencé à manifester dans la matinée dans le centre de Tunis. Déployant des drapeaux et l'étendard de leur mouvement, ils parcourent l'avenue Habib Bourguiba, en criant "Le peuple veut un Ennahda en fer", et "Soutenir Ennahda est un devoir".

Ils ont également conspué l'ancien Premier ministre Béji Caïd Essebsi et son parti Nidaa Tounès qui se pose en alternative au mouvement islamiste.

La grande manifestation doit débuter vers 14H00 locales (13H00 GMT) à l'appel d'Ennahda qui veut dénoncer l'initiative de son propre Premier ministre, Hamadi Jebali, de former un gouvernement apolitique.

M. Jebali a initié ce projet le 6 février, jour de l'assassinat de l'opposant anti-islamiste Chokri Belaïd qui avait provoqué une nouvelle flambée de violences et précipité le pays dans sa plus grave crise politique depuis la révolution de janvier 2011 qui a renversé le régime de Zine El Abidine Ben Ali.

Mais après avoir rencontré vendredi les chefs de partis, il a annoncé de nouvelles consultations lundi sur son initiative, reportant sine die, une fois de plus, la composition d'un cabinet et prolongeant la crise.

Il avait auparavant fixé à samedi la date limite pour l'annonce du gouvernement apolitique ou de sa démission et n'a pas évoqué de nouveau délai.

Ennahda, fondé en juin 1981 par son chef historique Rached Ghannouchi, a été longuement réprimée en Tunisie avant de s'imposer, après la révolution de 2011 et les premières élections libres, comme le principal parti du pays.

Le mouvement dispose, depuis les élections du 23 octobre 2011, de 89 des 217 sièges à l'Assemblée nationale constituante. Il a formé une coalition avec deux partis laïques de centre-gauche dont celui du président Moncef Marzouki.

Ennahda est cependant tiraillé entre une frange radicale, représentée par M. Ghannouchi, et une plus modérée dont la figure de proue est Hamadi Jebali.

Le parti islamiste et celui du président s'opposent à tout gouvernement apolitique mais se disent prêts à accepter un cabinet mélangeant technocrates et personnalités politiques.

Alors qu'aucune avancée dans l'enquête sur le meurtre de Chokri Belaïd n'a été annoncée, ses proches organisent dans la journée deux cérémonies à sa mémoire, l'une à Tunis et l'autre à Jendouba (nord-ouest) d'où sa famille est originaire.

Ils accusent les islamistes au pouvoir d'être responsables de sa mort, ce que ces derniers rejettent.

La Ligue de protection de la révolution (LPR), considérée par l'opposition laïque et une large partie de la société civile comme une milice brutale pro-pouvoir, fait figure de suspect.

Cette organisation, qui dément tout recours à la violence, devrait être représentée en nombre samedi à la manifestation pro-Ennahda. Son président, Mohamed Maalej, a cependant démissionné afin de former un parti politique, a indiqué la LPR.

Outre l'interminable crise politique, la rédaction de la Constitution est dans l'impasse, faute de compromis sur la nature du futur régime. M. Jebali a souligné que son initiative visait aussi à accélérer ce travail pour organiser des élections au plus vite.

Entretemps les conflits sociaux souvent violents se sont multipliés sur fond de misère et chômage, deux maux à l'origine de la révolution. Sans oublier l'essor d'une mouvance salafiste jihadiste qui déstabilise régulièrement le pays par des attaques.

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