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16/02/2013 06:23 EST | Actualisé 18/04/2013 05:12 EDT

La Ligue de protection de la révolution, milice honnie des laïcs en Tunisie

La Ligue de protection de la révolution (LPR) qui manifestera samedi à Tunis aux côtés des islamistes d'Ennahda, est considérée par l'opposition laïque et une large partie de la société civile comme une milice brutale pro-pouvoir destinée à les intimider.

Son fondateur Mohamed Maalej affirme qu'elle se dédie à préserver "les acquis de la révolution" qui a chassé du pouvoir le président Zine El Abidine Ben Ali le 14 janvier 2011, et à "renforcer l'identité arabo-musulmane".

M. Maalej a néanmoins démissionné afin de former un parti politique, a annoncé samedi cette organisation légalisée le 23 mai 2012.

La LPR veut la mise à l'écart de toutes les figures associées de près ou de loin à l'ancien régime et a pour bête noire le parti d'opposition Nidaa Tounès, dont le chef, Béji Caïd Essebsi, a été ministre de Habib Bourguiba, le père de l'indépendance, puis Premier ministre après la révolution.

Elle est ouvertement soutenue par Ennahda, le parti islamiste actuellement au pouvoir, et par le Congrès pour la République (CPR), parti de centre-gauche du président Moncef Marzouki, qui nient que la LPR soit une milice violente. Elle est composée de pro-Ennahda, de pro-CPR et de pro-gouvernement.

L'opposition, les syndicats mais aussi le parti Ettakatol, membre de la coalition au pouvoir, réclament sa dissolution en la qualifiant de "bras armé" du pouvoir islamiste.

La LPR est accusée de plusieurs attaques retentissantes, comme le lynchage en octobre 2012 de Lotfi Naguedh, représentant de Nidaa Tounès à Tataouine (sud) et l'attaque contre le siège du principal syndicat, l'Union générale tunisienne du travail (UGTT), début décembre.

Le 22 décembre, des manifestants agissant sous sa bannière ont assiégé puis pris d'assaut à Djerba (sud) une réunion de Nidaa Tounès, forçant le parti à annuler son meeting.

La LPR dément recourir à la violence bien que sur sa page Facebook les sorties virulentes sont légion. Juste avant la mort de Naguedh, elle avait juré aux "ennemis de la révolution et aux caciques de l'ex-régime" de leur faire "regretter de ne pas s'être suicidés", affirmant préparer "des surprises de gros calibre pour les exterminer tous".

Hostile à la presse, la LPR, qui fait partie des suspects évoqués par l'opposition et des journaux après l'assassinat de l'opposant Chokri Belaïd le 6 février, a publié le 10 février une liste de médias à boycotter: la TV publique, la chaîne privée Ettounsiya TV et les principales radios Shems et Mosaïque Fm.

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