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16/02/2013 04:35 EST | Actualisé 17/04/2013 05:12 EDT

Handisport: Pistorius, un cas exemplaire

Oscar Pistorius, inculpé du meurtre de sa compagne, n'est pas le premier sportif handicapé à avoir concouru aux côtés des valides mais l'exemplarité de son cas avait lancé un débat sur l'assistance technologique à la performance des handisportifs, désormais éteint.

A partir de 2007, année où le Sud-Africain, alors champion paralympique en titre du 200 m, a commencé à revendiquer un dossard olympique, les experts se sont opposés sur l'avantage potentiel procuré par les deux lames en carbone fixées au dessous de ses genoux.

Les scientifiques mandatés en 2008 par la fédération internationale d'athlétisme (IAAF) avaient estimé que ses prothèses donnaient à Pistorius, athlète aux qualités physiologiques moyennes, un "avantage mécanique considérable, de plus de 30%" selon le professeur Gert-Peter Brüggemann, patron du panel indépendant missionné pour établir le diagnostic.

Quelques mois plus tard, le Tribunal arbitral du sport (TAS), saisi par l'athlète mécontent du refus de l'IAAF de le laisser participer à ses compétitions, et donc aux jeux Olympiques, avait renversé le verdict. Les juges du TAS avaient estimé que les preuves scientifiques de "l'avantage net" retiré par Pistorius de ses prothèses n'étaient pas apportées.

Une conclusion validée par la communauté scientifique: "Il y a clairement une perte de rendement dans la première partie de ses courses", explique aujourd'hui le professeur Jean-François Toussaint, professeur de physiologie à Paris V et directeur de l'Institut de recherche biomédicale et d'épidémiologie du sport. "Ce n'est que dans la seconde partie du 400 m qu'il est capable d'avoir un rendement supérieur aux valides. On a un athlète toujours en retard qui se rattrape sur le second 200 m ce qui est l'inverse des valides. Au total, il n'y a pas de grande différence et pas d'avantage net".

Depuis le jugement du TAS, les critiques sont plus discrètes. Fin 2009, un professeur américain de biomécanique avait bien chiffré à 10 secondes, le gain de temps de "Blade Runner" sur un 400 m! Mais l'heure n'était plus à la contestation... et l'humeur pas au politiquement incorrect.

Les images de Pistorius sur les pistes olympiques de Londres, son indéniable courage, son combat consensuel et surtout ses places sommes toutes modestes lors de compétitions où il ne faisait pas d'ombre aux valides - "son échec en demi-finale aux JO montre qu'il n'a pas surcompensé son handicap", juge le Pr Toussaint - ont éteint le débat. Pour un temps.

Battu lors des Paralympiques sur 200 m un mois plus tard, l'athlète l'avait relancé lui même en accusant son vainqueur, le Brésilien Alan Oliveira, de porter des prothèses trop longues et donc avantageuses. Avant de s'excuser.

Pour autant, l'effet Pistorius ne s'est pas fait sentir auprès des fédérations internationales. Le TAS n'a, depuis 2008, eu à gérer aucun conflit similaire. " Le verdict de l'affaire Pistorius ne peut en aucun cas être considéré comme une jurisprudence. Il ne s'applique qu'à ce modèle très précis de prothèses", déclare Matthieu Reeb, secrétaire général du tribunal arbitral.

Tout autre athlète handicapé qui voudrait donc concourir avec les valides doté d'un appareillage particulier serait donc contraint à une nouvelle procédure auprès de sa fédération, puis du TAS en cas de conflit.

Il en va différemment bien sûr des rares handicapés admis "sans histoires" aux JO comme la pongiste polonaise Natalia Partyka, amputée d'un bras, ou la nageuse sud-africaine Natalie du Toit, privée d'un pied, mais non appareillées.

Parce que son cas est unique, Pistorius n'a pas ouvert la boîte de Pandore, estime le professeur Toussaint qui ne croit pas une seconde au "cauchemar" qui verrait des sportifs médiocres s'amputer dans le but de décrocher plus tard une médaille d'or. A la différence du dopage, explique-t-il "la perte d'intégrité physique" dans ce cas est tellement visible qu'elle en devient totalement dissuasive.

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