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16/02/2013 09:51 EST | Actualisé 18/04/2013 05:12 EDT

Gbagbo, prisonnier de la CPI pour s'être accroché au pouvoir "jusqu'au bout"

Détenu depuis fin 2011 par la Cour pénale internationale (CPI), Laurent Gbagbo est prisonnier pour avoir provoqué une crise sanglante en Côte d'Ivoire en s'accrochant au pouvoir, épilogue d'une carrière qui a vu l'opposant admiré se muer en président contesté.

"On ira jusqu'au bout", lançait-il crânement après sa première apparition en décembre 2011 devant la CPI, qui tient à partir de mardi une audience pour décider d'organiser ou non son procès pour crimes contre l'humanité, commis durant la crise postélectorale de décembre 2010-avril 2011.

L'ancien président, 67 ans, entend faire éclater sa "vérité": pour lui, l'ex-puissance coloniale française a "fait le travail" et est derrière le "complot" qui a conduit à son arrestation le 11 avril 2011 par les forces de son rival Alassane Ouattara, après deux semaines de guerre.

Les combats concluaient une crise qui a fait quelque 3.000 morts, après le refus de M. Gbagbo de céder le pouvoir à M. Ouattara malgré sa défaite à la présidentielle.

"On ira jusqu'au bout": la phrase est reprise comme un mantra par ses partisans. Ils soutiennent, comme M. Gbagbo lui-même, que leur champion a gagné l'élection et rêvent toujours de son retour.

Dans sa cellule, l'ancien chef de l'Etat peut voir à la télévision comment les siens entretiennent la flamme à coup de manifestations à La Haye.

Car celui qui régnait sur le palais présidentiel d'Abidjan depuis octobre 2000 conserve des soutiens, même très affaiblis. En refusant sa libération provisoire, la CPI avait évoqué son réseau de partisans "important et bien organisé".

En détention, l'ex-président a reçu notamment son épouse coutumière Nady Bamba ainsi que son vieil ami Guy Labertit, un ancien responsable socialiste français, raconte à l'AFP le journaliste indépendant Francis Kpatindé, qui lui a rendu visite l'an dernier.

L'historien de formation "a reçu des centaines de livres" et lit beaucoup après ses exercices physiques matinaux, ajoute ce visiteur. "Il n'a pas changé" mais "on sent qu'il +s'emmerde+ royalement, il me l'a dit", confie Francis Kpatindé.

Avant d'être le premier ex-président détenu par la CPI, Laurent Koudou Gbagbo, né le 31 mai 1945, a eu une vie pleine de bruit et de fureur.

Tribun aimant à se poser en homme du peuple, d'abord activiste syndical, il a été l'opposant en chef au "père de la Nation" Félix Houphouët-Boigny (au pouvoir de 1960 à 1993), longtemps premier relais de la France en Afrique.

Incorporé de force, emprisonné, il s'exile en France dans les années 1980, après avoir fondé clandestinement le Front populaire ivoirien (FPI), classé à gauche.

Membre de l'ethnie bété (ouest), exclue du partage traditionnel du pouvoir, il se lance ouvertement en politique en 1990, à l'avènement du multipartisme.

Son heure arrive le 26 octobre 2000 quand il accède à la présidence, dans des conditions de son propre aveu "calamiteuses": du scrutin ont été exclus ses principaux rivaux, dont Alassane Ouattara.

Il verra la main de l'ex-Premier ministre - malgré les démentis de l'intéressé - derrière la rébellion qui échoue à le renverser en septembre 2002 mais qui prend le contrôle du nord du pays.

Nationaliste farouche sous ses airs bonhommes et son large sourire, chantre d'une "seconde indépendance" vis-à-vis de la France, M. Gbagbo sait s'appuyer sur ses jeunes partisans, les "patriotes", qui enflamment à l'occasion la rue.

Signataire avec les rebelles nordistes de Guillaume Soro d'un accord de paix en 2007, c'est finalement par ces combattants, alliés à Ouattara et aidés des bombardements français, qu'il sera capturé en avril 2011.

En quatre mois de crise, le pays vient alors de frôler la guerre civile, à force d'exactions attribuées aux troupes pro-Gbagbo mais aussi au camp adverse.

D'abord prisonnier à Korhogo, dans la savane du Nord ivoirien, puis à La Haye, Laurent Gbagbo se soutient de sa foi chrétienne évangélique, comme son épouse Simone avec qui il a eu deux filles. Toujours détenue dans le nord du pays, l'ex-"dame de fer" est réclamée par la CPI, qui la soupçonne aussi de crimes contre l'humanité.

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