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16/02/2013 09:37 EST | Actualisé 18/04/2013 05:12 EDT

Beppe Grillo, le poil à gratter de la classe politique italienne

Beppe Grillo, comique populiste reconverti en politique, est devenu la grande préoccupation des principaux leaders italiens, son Mouvement 5 Etoiles, porté par un rejet massif des partis traditionnels, grimpant à toute allure dans les intentions de vote des élections de février.

"Ils nous attaquent, ils sont morts de peur, parce que nous sommes en train de réaliser quelque chose d'exceptionnel", crie-t-il devant ses partisans, une habitude héritée des spectacles qu'il tenait dans de grandes salles de sport.

Les derniers sondages accordent à son mouvement M5S entre 13 et 16%, voire 18% des suffrages, derrière le Parti démocrate (PD, gauche) de Pier Luigi Bersani et le PDL (droite) de Silvio Berlusconi.

Sorte de Coluche à l'italienne, cet électron libre de la politique transalpine espère capitaliser sur son bon score aux municipales du printemps dernier et surtout son excellent résultat en octobre en Sicile pour faire rentrer un grand nombre de ses partisans au parlement.

Ce blogueur de 64 ans, qui rejette les médias traditionnels, préfère s'exprimer à travers les réseaux sociaux et son blog, le plus lu d'Italie. Il refuse souvent de parler aux principales chaînes de télévision italiennes, exigeant de ses élus la même attitude.

Fervent partisan de la démocratie directe, il rêve de "citoyens qui s'élisent entre eux" grâce à son mouvement, "un instrument au service des citoyens pour qu'ils puissent s'administrer eux-mêmes".

Les principaux résultats du M5S, qui a fait élire des dizaines de conseillers municipaux et régionaux, restent la victoire au printemps dernier à Parme, une ville de 188.000 habitants traditionnellement à droite, mais surtout les quelque 18% de voix obtenus lors des régionales siciliennes en octobre.

Le programme de ce petit homme barbu et grassouillet, à la tignasse bouclée poivre et sel, a de forts relents de populisme, selon ses adversaires. Mise en place d'un revenu minimum, coupes dans les dépenses militaires, retrait de la zone euro, réductions des salaires des hommes politiques et des financements aux partis et à la presse, internet gratuit pour tous ou réduction de la semaine de travail à vingt heures...

Malgré ses excès, voire ses gaffes -"la mafia n'étrangle pas, l'Etat et les partis politiques, oui", s'est-il un jour emporté- ses jugements tranchés trouvent un écho particulier chez les Italiens, exaspérés par la multiplication de scandales de financement des partis et d'abus de fonds publics, aussi bien à droite qu'à gauche.

Grillo a débuté sa carrière dans des cabarets avant d'être révélé au grand public par la Rai, la télévision publique italienne, dans les années 70. Le succès de ses spectacles en a fait un millionnaire, ce qui lui permet aujourd'hui de financer en grande partie son mouvement.

Ses débuts hors du monde du spectacle datent de 2007 avec l'organisation de manifestations massives contre la classe politique intitulées "Vaffanculo Day" (Journée du "va te faire foutre").

Aucun des responsables politiques actuels ne trouve grâce à ses yeux. Et surtout pas l'austère Mario Monti, un ex-commissaire européen qu'il surnomme "Rigor Montis" (allusion à "rigor mortis", rigidité cadavérique).

Sans parler de son prédécesseur Berlusconi qu'il traite de "cadavre" ambulant.

Il désacralise tout, même le président de la République Giorgio Napolitano, populaire et respecté: "Comment peux-tu demander des sacrifices aux Italiens alors que ta présidence leur coûte 240 millions d'euros par an, quatre fois Buckingham Palace?"

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