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15/02/2013 06:33 EST | Actualisé 17/04/2013 05:12 EDT

Vente du Rafale à l'Inde: la France croise les doigts au royaume de l'imprévu

"Optimisme réaliste" du PDG de Dassault, "grand espoir" de François Hollande: un an après la sélection par l'Inde du Rafale pour des négociations exclusives, la France veut croire à un dénouement proche dans un pays réputé imprévisible et éclaboussé par la corruption.

Près de six ans se sont écoulés depuis le lancement de l'appel d'offres par l'Inde pour doter son armée de 126 avions de combat. Depuis l'été 2007, le Rafale de Dassault Aviation, à ce jour encore jamais vendu à l'étranger, a d'abord été écarté de la compétition avant d'être réintégré, puis est resté seul en lice.

François Hollande a vanté auprès des dirigeants indiens les mérites de cet avion de combat multirôle et estimé que la France était à présent dans la dernière ligne droite de la négociation. "J'ai grand espoir dans leur conclusion positive. J'ai retenu la formule du ministre (des Affaires étrangères) Salman Khurshid à Paris: +Les contrats, c'est comme le bon vin français. Il faut attendre le temps nécessaire+. Ce moment approche", a-t-il prédit dans un entretien au Times of India.

Le PDG de Dassault, Eric Trappier, a exprimé un "optimisme réaliste" en visant une signature cet été. Le chef d'Etat-major de l'armée de l'air indienne avait apporté de l'eau au moulin français en jugeant récemment que le contrat, "sur de très bons rails", pourrait être signé d'ici à mi-2013.

En dépit des signaux au vert, de fâcheux précédents et un scandale cette semaine dans la défense illustrent le contexte particulier de l'Inde, marché ardu aujourd'hui devenu premier acheteur d'armes au monde et que courtisent géants occidentaux et russes.

Mardi, le patron du constructeur aéronautique italien Finmeccanica a été arrêté dans le cadre d'une enquête de corruption portant sur la livraison à l'Inde en 2010 de 12 hélicoptères, un contrat de 748 millions de dollars.

La transaction aurait donné lieu en coulisses au versement, via des intermédiaires, de pots-de-vin à des officiels indiens avec l'accord des dirigeants de la filiale de Finmeccanica chargée de la vente.

L'Inde a suspendu ses paiements et s'est dit prête à annuler le contrat.

L'affaire tombe au plus mal, juge C. Uday Bhaskar, analyste de la défense.

"Une suspension de l'accord (avec Finmeccanica) a un impact direct sur la crédibilité de l'Inde en tant qu'acheteur", assène-t-il, interrogé par l'AFP.

En décembre 2007, New Delhi avait déjà annulé un appel d'offres remporté par le fabricant européen d'hélicoptères Eurocopter, filiale d'EADS, pour équiper l'armée de 197 appareils militaires, après des soupçons de corruption. L'intéressé, qui n'avait plus qu'à signer l'accord, avait démenti.

Après un second appel d'offres en 2008, Eurocopter attend toujours la suite des événements pour ce contrat où il est opposé au russe Kamov.

François Hollande a opportunément souligné au Times of India que la sélection du Rafale s'était faite "au terme d'une compétition transparente et rigoureuse".

Si les négociations pour la vente du Rafale n'avancent pas au plus vite, elles risquent de se télescoper avec les élections générales en Inde mi-2014, période propice à l'immobilisme, préviennent les observateurs.

"L'Inde va entrer en année électorale et les grandes décisions seront reportées. Seuls les investissements privés avanceront", met en garde Pierre-Marie Relecom, président du cabinet de conseil en stratégie Relecom and Partners.

Après l'annonce de discussions exclusives entre l'Inde et Dassault, son rival malheureux, le consortium Eurofighter formé des groupes britannique BAE Systems, européen EADS et italien Finmeccanica avait dit garder espoir tant que le contrat du Rafale n'était pas signé.

Le Premier ministre britannique, David Cameron, qui avait assuré l'an dernier vouloir "tout faire" pour encourager l'Inde à reconsidérer son choix au profit de l'Eurofighter, sera à New Delhi la semaine prochaine.

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